3

On concevra que je me sois quelques minutes senti enclin au découragement et tenté de me débarrasser, comme de coureuses se frottant à d’autres que moi, des réflexions avec qui je vivais en amitié et familiarité depuis bon nombre de semaines.

C’eût été lâche, peu courtois et, surtout, profondément illogique.

Maurice Boissard, certes, m’a fait aimer Chati et Petite Café, à présent partis pour le Paradis des Bêtes, et Minne la doyenne, et Lolotte qui se nomme comme une de mes cousines, et Riquet, Laurent, Bibi et Pitou, qui, bien que leurs noms ne soient pas classés par ordre alphabétique et inscrits sur le cahier de correspondance, m’apparaissent désormais comme des camarades de Lycée…

Mais… mais ses chats n’étaient pas les miens, morts ou vifs, et les miens sont autres ; comme moi-même, en dépit de sympathies communes évidentes, je suis autre que Maurice Boissard, lequel n’a peut-être rien de commun, après tout, avec Paul Léautaud.

LIVRE SIXIÈME
LES AUTRES… ET ÉMILE

1

La Vieille. — Elle n’avait jamais eu de nom et n’avait plus d’âge, lorsque ce sobriquet lui fut attribué avec la complicité des temps.

Dès celui où mon grand-père Cassan vint habiter à Villeneuve-en-Agenois la maison que lui léguait Vidalone Vidal, fille de son grand-oncle Vidal (Calixte), la Vieille était déjà là, protégeant caves et greniers de la gent ratonne, et donnant à téter, comme il lui arrivait deux fois l’an au moins, à une bonne demi-douzaine d’enfants-chats…

Or, la servante, dont mon grand-père héritait en même temps que de la maison, et qui gardait au moins un chaton de chaque portée de la Vieille, lui donnait déjà ce titre, à ce que j’ai appris par la suite.