Et la modiste d’en face disait de sa grêle chienne au museau pointu :
— Un amour, et si sensible, mesdames !
Ainsi n’admiraient-ils qu’eux-mêmes dans leurs frères inférieurs, ou prétendus tels. Une admiration de ce genre me semble, à le déclarer net, aussi peu flatteuse pour l’être humain qui l’éprouve et la chante à tout venant que pour l’animal qui la subit.
Il est vrai que ce dernier n’en peut mais. Et, « en l’espèce », je juge que, dans le cas du boucher et du bouledogue, de la modiste et de la levrette, les « frères inférieurs » n’étaient pas nécessairement ceux qu’on aurait cru pouvoir désigner de prime abord, sans hésitation possible.
La Science ne va plus aujourd’hui jusqu’à décider péremptoirement que l’homme descend du singe ; elle transige et explique que l’homme est un singe qui a réussi. Je me suis attiré toutes sortes de foudres pour avoir énoncé qu’il fallait aller plus loin, que l’homme était un singe qui avait mal tourné, — puisqu’il avait été obligé d’inventer le feu, et réalisé par la suite diverses autres conséquences du « Progrès » qui rendent les guerres et l’existence actuelles, la mort et la vie, si séduisantes dans leur ensemble…
Mais tenons-nous-en aux toutous. Car il en est aussi de « progressistes », ou plutôt de « perfectionnables ».
On dit d’eux qu’ils sont de luxe. Je les considère plutôt comme des loups qui ont mal tourné ; ceux-ci, par notre faute, ont partagé le mieux, presque à l’égal de nous, la male-chance des hommes par rapport à la chance, — relative, car tout est relatif ! — des singes et surtout des grands anthropomorphes…
A la vérité, ce qui fait le mérite des bêtes, c’est la valeur de l’intérêt que nous leur portons ; mais il ne faut pas les aimer bêtement, anthropomorphiquement : il faut les comprendre.