Mais le brouhaha cessait tôt. Alors, mémé Zanoun, dans l’immense salle nettoyée et débarrassée, prenait sa place près de l’âtre. Elle nous racontait, non sans se faire coquettement prier, d’épouvantables histoires qui s’étaient passées dans sa jeunesse, ou qui se passaient couramment encore, à l’entendre, autour de Castelcourrilh. Dans ces histoires, il était presque toujours question du Trou du Diable, — une igue, comme on dit, ou un cloup, si vous préférez, — qui s’ouvrait en plein champ, à moins de deux lieues du château ; les diables, les hommes cornus, les mandagots et les bécuts logeaient ensemble dans ses profondeurs et en sortaient nuitamment pour se livrer à des méfaits ou à des facéties d’un goût contestable sur ceux des humains que le sort contraignait à être leurs voisins les plus proches… Sainte Vierge ! En se couchant sur le sol et en y collant l’oreille, on entendait bouillir, même à plus de cent mètres du Trou du Diable, les chaudières de l’Enfer. Mémé Zanoun savait même, là-dessus, une chanson qui terrorisait les plus braves…

Mais elle en connaissait bien d’autres plus riantes, celle-ci, par exemple, dont je me rappelle le commencement et que je traduis comme je peux :

C’est au bois de Misé Zeu

Que j’ai fait cueillette

Quand j’étais fillette ;

— C’est au bois de Misé Zeu,

Chassant un papillon bleu

En tout semblable à mon vœu… —

Clair Avril, vingt ans d’âge,