Blanc fichu, noirs sabots…
Mes yeux étaient les plus beaux
De tout le village
O châtaigne du bon Dieu,
Pète, pète, pète au feu
Nous te mangerons sous peu,
Châtaigne !
Châtaigne !
et d’autres pareilles, ou plus belles encore, qui ne nous inspiraient que l’envie de danser en rond… Châtaigne ! Châtaigne !… A chaque refrain la bande faisait cul-bas, quioul-terrous, afin qu’on ne confonde pas cette formalité avec une île… Septembre finissant inaugure le temps des gourmandises aux veillées, des menus riens qu’on grignotte ou dont on se bourre, selon son tempérament, au coin du feu que la mémé ne pense pas encore à faire charger, tout en évitant déjà d’ordonner qu’on l’éteigne. Ainsi, pour que notre bonheur fût complet, après avoir chanté et dansé, nous nous régalions de marrons, — châtaigne ! châtaigne !… — de nèfles, de confiture de gratte-culs, de miel sauvage, de rimottes, et, quand nous n’avions plus faim, décidément, il restait encore dans l’estomac du plus petit de nous tous assez de place pour une bonne vingtaine de rizouletz, j’entends par là ces grains de maïs qu’on fait éclater sur des pelles rougies au feu et qui ont goût, pour peu qu’on les sache mâcher, d’avelines confites dans la cassonnade.
La meilleure entente régnait entre nous, à ceci près qu’on se battait parfois à qui tirerait le plus souvent les cheveux de Noëlia, un laideron de dix ans, orpheline, petite-fille de Zanoun et sœur de lait d’Ève, — et aussi pour décider celui d’entre nous qui serait ce soir-là bordé dans son lit par la jolie servante Nane.