M. de Fontès-Houeilhacq sursauta, indigné :
— Ah ça ! monsieur, vous gaussez-vous ? Vous ai-je parlé de diables, et quoi que ce soit, dans mon récit, vous autorise-t-il à l’assimiler à une légende ? Je dis ce que j’ai vu… et je sais ce que je sais… Les voyages ne forment pas la vieillesse !
— Monsieur, gronda l’infortuné marin, sans grande conviction du reste…
Par chance, trois coups discrets résonnèrent à ce moment précis contre notre porte. Un valet venait nous avertir que tous ces messieurs étaient de retour et que l’heure du dîner allait sonner.
— Je n’ai pas faim, déclara M. de Fontès-Houeilhacq.
— Moi non plus, dit très sèchement M. de Quintecrabe,
— Il suffira que tu m’apportes un poulet, d’ici une heure environ… avec une dourne de vin blanc, ordonna M. de Fontès-Houeilhacq après réflexion.
— Et à moi… oh ! en cas… quelques tranches de bœuf, avec une cruche de rouge, ajouta l’ancien officier de marine.
Le valet s’inclina et sortit. Je pris congé immédiatement de mes hôtes. Je les vis du reste, un peu plus tard, arriver en même temps sur la terrasse, l’un par l’escalier de droite, l’autre par l’escalier de gauche. M. de Fontès-Houeilhacq et M. de Quintecrabe de Gorp avaient, à coup sûr, failli sérieusement se brouiller : il se passa bien dix minutes avant qu’ils consentissent à avoir l’air de se reconnaître et à s’adresser la parole… J’ajoute que c’est à Ève et à moi qu’ils durent le plaisir de ne pas se bouder davantage. Ève apparut parmi nous, toute rose, toute imprégnée d’une belle journée de grand air et de lumière. Elle courut vers moi en criant joyeusement :
— Regarde ! C’est moi qui l’ai tué, dès l’aube…