— Comme tu as tardé !

Moi je ne disais rien. Je ne pensais plus. Je la respirais. C’étaient tous les plus précieux et les plus sauvages parfums des belles saisons qu’elle semblait traîner autour d’elle. Elle se pelotonna contre moi avec des gestes et une souplesse de jolie bête ; et toujours ce rire, de plus en plus étouffé qui, maintenant, ressemblait à un ronronnement…

Ma main, errant autour de son bras musclé et mince rencontra soudain une sorte de tiédeur liquide. La visiteuse poussa un léger cri involontaire… Je tendis ma main vers le rayon de lune comme vers une lampe.

— Qu’est-ce que c’est ? Mais tu es blessée !

Elle dit : « Ah ! tu crois ? » Elle se leva, regarda sa blessure : la légère éraflure d’une balle de revolver entre le coude et l’épaule gauches, au niveau du sein.

Elle sourit et, se recouchant :

— On peut payer son plaisir d’un peu de sang, fit-elle.

DEUXIÈME PARTIE
Clarecrose

I

Marche trois jours et quatre nuits

Par les chemins des hommes, puis

Quitte alors cette route, et suis

La piste de la Lune.

Ce qui t’attend au beau pays,

Si ce n’est pas le paradis

O cœur vaillant, c’est mieux ou pis :

C’est l’amour, la fortune !

Ne sois pas trop tôt fatigué,

Passe le bois, passe le gué

Puis, d’un bâton de chêne, — ô gué ! —

Heurte la porte close,

O cœur vaillant, et tu verras

Les belles filles de là-bas

Venir en te tendant les bras

Du fond de Clarecrose.