… La nuit était presque venue à présent. La cloche du dîner achevait de retentir pour la deuxième fois. Noëlia s’étira et bâilla, caline, lasse, et murmura en saisissant ma manche :

— N’y va pas. Je te garde… Tu veux bien ?

Je n’y voyais pas d’inconvénients, mais, d’ailleurs, elle n’attendit pas ma réponse.

— Je te garde ce soir. Tu as une belle fiancée… Je ne t’ai retrouvé que pour te perdre… Retrouvé, je te dis… Car (regarde-moi bien en face !) est-ce que tu ne me reconnais pas, maintenant ?

— Mais si… mais si… je te reconnais. C’est vrai que j’étais bien méchant ! Te rappelles-tu, la fois où je t’avais enfermée dans la cave ?… Tu me pardonnes ?

Elle haussa doucement les épaules :

— Non… il ne s’agit plus de cela !… Est-ce que tu ne me reconnais pas tout à fait ?… tu me comprends bien ? tout à fait ?… Car tu m’avais vue déjà, telle que je suis… ailleurs ?

Ses yeux restaient fixés sur les miens ; ils étaient anxieux, suppliants, comme si, de la réponse qui allait sortir de ma bouche, toute sa destinée allait dépendre… Et moi, tout à coup, je compris… Mais c’était fou, mille fois fou !

Elle parut implorer mon secours en murmurant près de mon oreille.

— Clarecrose…