Alors, ses yeux qui de nouveau m’épiaient étincelèrent ; elle poussa un cri de triomphe, en m’entourant de ses beaux bras mi-nus :

— J’en étais sûre… La nuit dernière je t’avais dit : « A l’entrée du chemin de Clarecrose. » Et n’es-tu pas venu ici tout droit ?… Comment aurais-tu fait si… Tu vois bien que tu me reconnais, maintenant !… Oh ! cela n’est pas si extraordinaire que tu le crois… Il y a, paraît-il, pas mal de gens comme nous qui se sont rencontrés, tout petits, mais tels qu’ils seraient plus tard, à l’heure de s’aimer, aux mêmes endroits des mêmes rêves…

Elle s’arrêta un instant, les lèvres appuyées aux miennes avec ferveur… Puis, comme s’il s’était agi désormais de l’aventure la plus naturelle du monde :

— Est-ce que tu m’avais déjà retrouvée, ce soir, quand tu dormais sous les sapins, de l’autre côté du château ? Non !… Tu m’aurais reconnue plus vite ! Tu as dû flâner le long du couloir, paresseux !

— J’étais à l’endroit où la lumière devient blanche, dis-je comme à moi-même…

— Tu avais encore les trois grandes salles à traverser… J’ai bien fait de t’éveiller ; n’est-ce pas que c’est aussi bon ici que… que là-bas ?… N’est-ce pas que tu m’aimes ici… un peu, un tout petit peu… oh ! pas autant que là-bas, bien sûr : la vie est la vie !… Mais dis-le moi quand même… dis-le moi comme tu me le disais près du bassin des trois Dames habillées de rose… tu te souviens ?

— Mais oui, je t’aime, murmurai-je tout bas… « comme auprès du bassin » !

— Dis-le plus fort !

— Je t’aime ! Je t’aime. Je t’…

Un beau rire, très clair et très humain celui-ci, retentit près de nous :