— C’est qu’il le crie comme si c’était vrai ! fit Ève, droite et blanche à l’orée sombre de la garenne.
Elle s’approcha de nous. Et, sans paraître voir ma compagne :
— Ne crois pas que je t’en veuille ! On m’avait avertie ; j’ai voulu me rendre compte… Tu me connais, je n’ai jamais menti… Es-tu mon seigneur… et le maître ici ?… Eh bien, tant que nous ne serons pas mariés, je te laisse libre d’user de certains droits traditionnels sur tes vilaines…
Noëlia avait bondi sous l’insulte, échappant à mon étreinte.
— Attention ! annonça Ève, très posément.
Et Noëlia, les poings levés, s’arrêta à deux pas d’Ève : certain revolver dont il a été question déjà brillait faiblement au bout d’un bras clair qui ne tremblait pas, à quelques centimètres de son front… Elle étouffa un cri de rage et recula, domptée.
— Tu as raison, fit Ève… Je ne t’aurais pas manquée, cette fois.
Et s’adressant à moi :
— Tu ne m’en veux pas ? Au fond, c’est idiot de ma part d’être venue… puisque je m’en moque !… Non, non, ne te dérange pas… Au revoir !
Quelques minutes plus tard, Noëlia sanglotait, appuyée à mon bras, le long de l’obscur sentier qui conduisait à sa petite maison de Vilhane… Pour dire quelque chose, ou pour paraître, par courtoisie, plus furieux que je ne l’étais en somme, je m’écriai :