— Ah ! si jamais je découvre le mouchard… ou la moucharde…

Les sanglots cessèrent brusquement, et ma compagne, d’une voix rauque :

— Ne cherche pas : c’est moi.

Je ne répondis pas. Nous étions au plus touffu du taillis, je ne distinguais plus le sentier. Elle me prit la main : « Suis-moi ». Je la regardai : ses yeux, au moment où ils se tournèrent vers moi, promenèrent horizontalement dans le noir deux clartés fugitives et très pâles.

III

ΑΡΤΕΜ… ΙΕΡ…

Ève venait de me rejoindre auprès de la balustrade de la terrasse. C’était au matin de notre dernier jour de Castelcourrilh.

Nous nous assîmes auprès d’une immense urne de grès, déjà dépourvue de son arbuste ou de sa plante. Un clair soleil inondait le sable où se profilaient en bleu cru nos ombres confondues ; un gros orage avait grondé et crevé dans la nuit. Maintenant tombait du ciel lavé une lumière fraîche, neuve, sous laquelle les feuilles périssables des bois et les rochers éternels étincelaient également, en brun ou en roux, en blanc ou en gris.

Ève bavardait gaiement, un bras autour de mon cou. Je sentais son haleine effleurer mon visage, aussi pure que les brises de cette belle matinée. Elle bavardait… bavardait sur un ton que je ne lui connaissais pas, qui semblait vouloir se mettre en harmonie avec la jeune couleur du temps : les yeux mi-clos ou détournés de son visage, j’aurais pu croire avoir auprès de moi non plus la vierge orgueilleuse, mais une très petite fille qui rêve de trouver le bonheur dans une définitive soumission.

Je ne sais si, dans cet instant, je l’en chéris moins ou davantage. Je ne voyais clairement en moi-même que l’ennui de ne pas retrouver celle que j’aimais ; ne m’avait-elle pas plu indomptée, farouche, presque brutale ? Pourquoi faut-il qu’à chaque seconde les amants voient se modifier l’image qu’ils pensaient vénérer telle quelle à jamais, sur le maître-autel de l’intérieur sanctuaire ? Mais elle-même devait éprouver une impression analogue.