— Qu’as-tu donc ce matin ? me demanda-t-elle… Je ne te reconnais plus.

Je fis mentalement mon acte de contrition amoureuse. Puis, modestement, pour me consoler de divers regrets, j’exposai celui de mes vœux multiples et capricieux qui me semblait le plus naturel et le plus mondainement réalisable :

— Je voudrais t’épouser bientôt… Car, maintenant, la fête de nos fiançailles est finie. Paris m’attend… Ce n’est pas drôle.

— Ce n’est pas drôle, concéda-t-elle. Mais est-ce bien pour cela seulement que tu es triste ? Avoue que tu m’en veux un peu, à cause de cette scène d’hier soir ?

— Je te jure que non.

— Tu as tort, puisque je m’en veux moi-même… C’était bête… bête !… Je n’en reviens pas d’y être mêlée… Je ne sais à quel sentiment j’ai obéi… Car enfin, je n’ai aucun droit sur toi, encore… Si j’étais venue là pour tuer cette fille, cette ennemie, c’eût été compréhensible, excusable ; mais non… et, la preuve, c’est qu’elle a eu son front au bout de mon revolver et que je n’ai pas tiré… Pourquoi suis-je venue ?

Elle dit encore :

— Me pardonnes-tu ?

— Ma chérie, je t’en prie…

Elle fondit en larmes :