Un des gamins revint vers nous, la ronde achevée ; il était tout rose, tout essoufflé et ravi.
Il grimpa sur les genoux d’Ève et m’expliqua :
— Toi, je ne t’embrasse pas, parce que tu as l’air trop méchant, aujourd’hui.
Je demandai à Ève :
— Est-ce vrai ?
— Bien sûr, il a raison, ce gosse !… Qui es-tu, toi ?
Le petit, qui pensait déjà à rejoindre ses camarades partis ailleurs pour d’autres jeux, dit gentiment, déjà lointain :
— Je suis ton ami…
— Tu es un amour !
Et Ève l’embrassait comme jamais — me semblait-il — elle ne m’embrasserait moi-même, avec une ferveur extasiée, avec des yeux devenus si miraculeusement clairs que je n’en ai jamais vu de tels qu’à des mourants et à un fou.