Je lui demandais parfois :

— Pourquoi ne reviens-tu jamais plus dans la salle des Dames-en-rose, chez nous, là-bas ?

— Parce que je t’ai sur la terre et que c’est presque la même chose.

— Pas tout à fait la même chose ?

— C’était meilleur, il me semble… Ah ! il me faudrait tant et tant de ton amour !… J’ai peur de ne plus jamais revenir là-bas… Je n’ose pas. La folle qui s’est tuée garde les portes. J’ai perdu le meilleur de ce que je chérissais.

— Sais-tu que je l’y vois maintenant, elle ?

— Parbleu !… A l’endroit où la Diole entre sous terre ?

— Non, plus loin… dans un endroit du Palais où nous n’avons jamais été toi et moi.

Et, soudain, une idée me vint, l’idée qui expliquera et excusera tout ce qui va suivre, pour ceux qui auront essayé de me comprendre… Nous étions couchés, Noelle et moi, dans un petit salon à deux cheminées où la vieille Amparo venait par instants raviver les flammes, car l’hiver était glacial cette année-là ; et Noelle était nue devant les tisons, sur la peau d’ours, et nos amis nous avaient, par hasard, laissés seuls cette nuit-là, et le jour était lointain encore… Elle avait l’air d’une jeune et radieuse sorcière insensible à l’épreuve du feu, ou d’une salamandre que la flamme n’eût atteinte que pour mieux faire valoir son duvet blond, aux endroits les plus doux de son être. Gilbert Fiste, l’ayant vue quelquefois en pareille tenue, m’avait dit : « Quelle merveilleuse hostie pour la Messe Noire !… » Il s’y connaissait évidemment mieux que moi, mais je sentais qu’il avait raison, que tout le diabolisme et toute la divine perversité du monde infiniment plus jeune, plus barbare et plus animal que quelques sots raisonneurs ne l’imaginent, tenaient en cette forme impeccable, aux teintes chaudes, aux charmes péremptoires et purs.

— Dans une salle où nous n’avions jamais été toi et moi, continuai-je. Les Dames-en-rose ne me regardent plus passer… C’est encore plus loin… Elle est là qui pleure et qui supplie ; mais je n’entends pas les paroles qu’elle profère en tordant ses bras. La vie et la mort nous séparent deux fois. Ne serions-nous pas plus heureux si l’un de nous deux la délivrait ?