— Seriez-vous donc, Madame, pieuse aux vrais Dieux?
— Hélas! répond la reine, j'aurais souhaité de vivre aux jours où ils étaient visibles ailleurs qu'en leurs statues. Mais ils sont morts à présent.
Une vive rougeur monte aux joues du jeune homme. Il sourit énigmatiquement :
— Les Dieux ne sont pas morts ; les Dieux ne peuvent pas mourir ; ils se cachent à nos regards parce que nous les avons méprisés ; mais ils sont là, dans l'ombre, tout près de nous… Moi, qui me sens presque exilé en ces temps-ci, je me plais à les chercher dans les plaines heureuses d'Ile de France. J'espère les retrouver un jour… oui, j'espère. Et quand vous m'êtes apparues tout à l'heure, rayonnantes de jeunesse, de beauté et de soleil, j'ai cru enfin que la nature, apaisée par ma piété, écoutait ma prière, et vous envoyait vers moi, vous deux et cette enfant, joyeuses, couronnées de violettes, et traînant après vous l'odeur des bois, nymphes riantes et échauffées d'avoir joué avec des Faunesses.
— Vous êtes un sage. Monsieur ; je vois que les vaines agitations de notre temps ne vous troublent guère ; vous aimez mieux écouter les murmures charmants de votre rêve que les cris forcenés de ceux qui, se disant philosophes, veulent pousser l'État dans un abîme, où, sans nul doute, ils seront engloutis les premiers.
L'inconnu devient grave :
— C'est vrai, Madame, que les Dieux dont je vous parlais sont des Dieux aimables, et qu'on ne saurait trop en rêver. Mais il est une autre divinité, la plus grande, certes, et la plus désirable, dont les hommes attendent anxieusement la venue parce qu'elle doit leur donner le bonheur et la sagesse. S'ils l'appellent et s'ils la cherchent, il les faut approuver, même s'ils s'abusent et prennent un fantôme pour elle, même s'ils errent à sa poursuite, même si nous en souffrons, et même…
— Et même?…
Le jeune homme regarde étrangement la reine et dit :
— Que sais-je?