— Un pas ici, un autre là, dit-il en observant attentivement le sol… cela m’a tout l’air d’une trace de bipède, du plutôt d’un animal qui utilise uniquement pour marcher ses membres postérieurs et sa queue : quelque chose comme un kanguroo… Cependant cette empreinte en forme de feuilles de lierre… Je crois me rappeler… Attends… Mais oui ! C’est tout à fait semblable, en plus petit, aux empreintes fossiles que nous possédons de l’iguanodon…
— L’iguanodon ?
— Oui, encore un monstre des vieux âges ! Nous avons fait, en venant ici, un saut formidable dans le passé… Des lambeaux de la période crétacée sont, en ce pays, restés vivants ; d’antiques espèces s’y sont perpétuées depuis des milliers de siècles !
— Mais, dis-je, puisque la vie paraît, en cette partie isolée de la terre, avoir suivi son cours d’une façon autre que partout ailleurs, l’homme lui-même ne se serait-il pas conformé à la loi générale ? Qui sait si nous ne sommes pas séparés de ces hommes du Pôle par un abîme infiniment profond ?
— Oui, peut-être… peut-être qu’ils ont, en effet, évolué dans un autre sens et qu’il y a quelques différences entre eux et nous. Ils vivent sous la terre : ils doivent être petits, plus petits que toi et moi, et difformes et laids… Je les imagine assez bien sous les traits des gnomes des légendes, comme des nains industrieux et subtils qui forgeraient merveilleusement les métaux et construiraient des machines inouïes au fond de leurs souterrains. Qui peut prévoir les prodiges que le sol recèle au-dessous de nous ?
— Mais alors, ces traces d’animaux devant une des portes de leur demeure ?
— Un troupeau qui, le pâturage terminé, sera rentré dans les cavernes avec eux.
— Un troupeau d’iguanodons, et d’iguanodons domestiques ? Voilà qui vaudrait le voyage… si nous étions bien sûrs de jamais revenir pour le raconter. Seulement, j’ai beau chercher, je ne vois nulle empreinte de pied humain parmi les autres…
— Cette ouverture n’est sans doute que celle des bergeries et, comme ces animaux sont domestiques, ils doivent rentrer seuls au bercail, par accoutumance…
— Ou sur un appel qu’on leur crie…