— Il se peut. Mais, après tout, je n’en sais rien et, ces inductions, tu peux les faire aussi bien que moi-même. Quant aux habitants du Pôle, ce sont peut-être tout simplement des gens qui ne diffèrent pas plus de nous qu’un Peau-Rouge ou un Esquimau.
— Comment expliques-tu, alors, qu’ils ne se montrent pas ? S’ils préparaient contre nous, sous terre, quelque terrible machination ?…
— C’est peu probable. Ils doivent plutôt être effrayés par ces visiteurs qui tombent du ciel.
— Et le ciel est si peu clément au-dessus de leurs têtes qu’ils ne doivent pas en attendre grand’chose de bon. Si l’homme a pris l’habitude d’y loger ses meilleurs espérances c’est que de là lui viennent la lumière, la chaleur… Mais ici !…
— Certainement. Et nous sommes sans doute, comme je te l’ai déjà dit, beaucoup plus grands qu’eux… Qui sait ? Ils vont peut-être nous adorer comme des Dieux puissants et redoutables…
Dans des phrases comme celle-ci, je retrouvai bien mon Ceintras… Mais, lorsque l’heure nous parut arrivée de regagner le ballon et que nous nous fûmes remis en marche, d’incompréhensibles bizarreries se glissèrent peu à peu dans ses moindres paroles, surtout aux moments où, après avoir parlé de nouveau « de saut formidable dans le passé, de milliers et de milliers de siècles », il recommençait à se lancer dans des théories nébuleuses et interminables sur le passé et sur le présent, sur ce qui avait été et ce qui était… A la fin, je ne comprenais véritablement plus rien à ses discours. Je mis cela sur le compte de ma fatigue.
Nous atteignîmes enfin le ballon. Une épouvantable surprise nous y attendait : les organes essentiels du moteur avaient été déboulonnés avec une dextérité merveilleuse et emportés…
Ceintras me regarda, regarda la place vide, chancela et resta une minute sans parler ; puis, très calme, il s’écria en haussant les épaules :
— Cela n’a aucune importance !
— Mais, malheureux, comment comptes-tu repartir, à présent ?