A ce moment, les monstres se penchèrent vers lui, et, avant qu’il m’eût été possible de prévenir son mouvement, de sa main restée libre il frappa violemment l’un d’eux au visage. Le monstre bondit en arrière en poussant un cri, puis après quelques susurrements, il disparut avec son compagnon.

— Mon pauvre ami, que viens-tu de faire, dis-je doucement à Ceintras. Ils ne voulaient pas te faire de mal, ils s’approchaient pour voir ce qui nous arrivait, pour te délivrer peut-être… Mais, de grâce, ne t’agite pas ainsi, tu vas te blesser davantage…

Et m’étant accroupi près de lui, je m’efforçai de le maintenir immobile en attendant qu’il se calmât.

Bientôt nous aperçûmes une trentaine de monstres qui s’avançaient vers nous. Ils portaient des outres de cuir blanc et divers instruments étranges.

— Cette fois, plus de doute : ils veulent nous tuer ! s’écria Ceintras, en se cramponnant à moi.

— Mais non, regarde : ils viennent à notre secours.

Déjà, grouillement affairé, ils circulaient autour de nous et répandaient sur toute la surface de l’aimant un liquide épais et rougeâtre dont les outres étaient pleines… Peu à peu l’adhérence diminua et bientôt Ceintras put facilement dégager son bras ; il avait l’ongle de l’annulaire à peu près arraché et toute la main meurtrie, mais dans sa surprise joyeuse, il ne songea guère à se plaindre. Cependant, à l’aide de leviers métalliques, les monstres relevaient le ballon. Après quoi, ils reboulonnèrent les amortisseurs avec une dextérité merveilleuse et, de nouveau, l’immense appareil oscilla aux moindres poussées.

— Ah ! murmura Ceintras, ils veulent bien que nous partions, ils sont bons, ils sont meilleurs que les hommes !

Et, se jetant sur un monstre qui se trouvait tout près de lui, il le prit dans ses bras et le couvrit de caresses. Celui-ci ne parut pas apprécier outre mesure cette amicale démonstration ; il se dégagea de l’étreinte de mon camarade, et s’en fut en se secouant, en gloussant et en le regardant d’un air dégoûté par-dessus son épaule.

Peu à peu, tous les monstres, à l’exception de quatre, retournèrent à leur travail souterrain. Durant l’heure que durèrent nos préparatifs, ceux qui nous tinrent compagnie ne nous quittèrent pas des yeux et épièrent avec minutie tous nos mouvements. Nous constatâmes que, grâce à l’excellente qualité de notre enveloppe, il ne s’était produit, depuis le gonflement qui devait remonter au moins à un mois, qu’une déperdition insignifiante d’hydrogène ; trois de nos obus de réserve suffirent à produire la tension nécessaire. Enfin, le ronflement du moteur se fit entendre, les gaz s’échauffèrent, toute la machine se tendit et grinça… Une minute encore et nous ne toucherions plus à cette terre d’horreur… Soudain deux des monstres qui se trouvaient là sautèrent dans la partie découverte de la nacelle. Nous crûmes un instant qu’ils allaient encore contrarier nos projets, et Ceintras parlait déjà de les expulser, de force, mais, attentifs à nos manœuvres, ils s’accroupirent dans un coin et restèrent immobiles, tandis que le ballon quittait le sol.