Ce fut de la même façon et dans les mêmes termes que, le soir, après qu'ayant lutté avec les difficultés croissantes du chemin, ils furent arrivés à leur destination pour la nuit, Obenreizer s'adressa aux gens de l'Hospice, qui se pressaient autour d'eux devant le foyer, tandis qu'ils ôtaient leurs chaussures humides.

—Il est très bien de se parler les uns aux autres franchement comme des amis,—dit-il.—Monsieur a un motif très pressant de traverser le passage.

—Le plus pressant motif,—répéta Vendale en souriant.

—Et il faut qu'il le traverse!—reprit Obenreizer—Nous n'avons besoin ni d'avis ni de secours. Je suis un enfant des montagnes, et un bon guide: ne vous tourmentez pas plus longtemps à ce sujet. Donnez-nous à souper, du vin, et des lits.

Pendant le froid terrible de cette nuit qui commençait, la même tranquillité sinistre régna dans le désert des montagnes et au ciel. Au point du jour, pas une lueur de soleil pour rougir ou dorer la neige. Partout la même blancheur infinie et mortelle, le même silence sans borne, la même redoutable tristesse.

—Voyageurs!—cria, au travers de la porte, une voix sympathique.

Dès qu'ils furent sur pied, le sac au dos, le bâton en main, celui qui les avait éveillés leur adressa encore la parole.

—Voyageurs, souvenez-vous! Il y a cinq abris sur la route dangereuse qui va s'ouvrir devant vous, cinq refuges et une croix de bois noir indiquant le chemin de l'hospice voisin. Ne vous écartez pas, et si la tourmente vient, abritez-vous.

—Voilà l'industrie de ces pauvres diables qui fait encore des siennes,—dit Obenreizer à son ami, répondant d'un geste dédaigneux au charitable donneur d'avis—Comme ils se cramponnent à leur métier!... Vous autres, Anglais, vous soutenez que nous autres Suisses, nous sommes une nation mercantile. En vérité, vous avez bien l'air d'avoir raison.

Ils avaient partagé entre les deux sacs les provisions qu'ils avaient pu se procurer. Obenreizer portait le vin, Vendale le pain, la viande, le fromage, et le flacon d'eau-de-vie.