Ils s'évertuaient depuis quelque temps à grimper à travers les roches et leur blanc linceul, où ils enfonçaient jusqu'aux genoux; ils conservaient cette marche pénible au milieu de la plus effrayante partie de ce lugubre désert, lorsque la neige commença de tomber. Tout d'abord ce ne fut que de légers flocons qui tombaient doucement et sans relâche; puis elle s'épaissit et les tourbillons commencèrent.
Le vent s'éleva glacial, avec des mugissements prolongés. La route se poursuivait à travers de sombres galeries de rochers. Devant les voyageurs s'ouvrait une grotte profonde soutenue par des arcs immenses. Ils y arrivèrent avec peine, la tempête, au même instant, éclata dans sa furie.
Le bruit du vent, celui du torrent, le tonnerre des avalanches et des blocs brisés par l'orage, les voix formidables qui s'élevaient dans toutes les gorges de cette chaîne tout entière ébranlée, l'obscurité plus profonde que celle de la nuit, le sifflement de la neige qui battait l'ouverture et les parois de la grotte, et qui aveuglait les deux jeunes gens, ce déchaînement de la nature succédant au calme effrayant de la veille, tout cela était bien fait pour glacer le sang de Vendale. Obenreizer, qui marchait de long en large dans la grotte, lui fit signe de l'aider à déboucler son sac. Ils pouvaient encore se voir l'un l'autre, mais ils n'auraient pu s'entendre. Vendale obéit au désir de son ami.
Obenreizer prit la bouteille de vin et remplit le verre. Il fit encore signe à Vendale de boire pour se réchauffer. Il fit semblant de boire après lui. Tous deux, ils marchèrent ensuite côte à côte, sachant bien qu'avec ce froid redoutable rester en repos était un danger, et que s'endormir, ce serait la mort.
La neige s'abattait avec une force croissante dans la galerie par l'extrémité supérieure de laquelle ils devaient regagner la route, si jamais ils sortaient de leur refuge. Bientôt, elle encombra la voûte. Une heure encore, et elle allait monter assez haut pour intercepter la lumière extérieure. Heureusement, elle se glaçait à mesure qu'elle tombait; il restait l'espérance de pouvoir marcher à sa surface et grimper par-dessus cette muraille menaçante. D'ailleurs, la violence de l'orage commençait à céder dans la montagne et faisait place à une incessante ondée de neige. Le vent mugissait encore, mais seulement par intervalle, et, lorsqu'il cessait, les flocons s'épaississaient à vue d'œil.
Il y avait environ deux heures que nos voyageurs étaient captifs dans cette terrible prison. Obenreizer, tantôt grimpant, tantôt rampant, la tête baissée, le corps touchant la voûte, commença de travailler avec des efforts désespérés à se frayer un chemin au dehors. Vendale le suivait comme toujours. Chose étrange! il imitait son compagnon, sans bien savoir ce qu'il faisait. Sa raison semblait le quitter encore une fois.
La même léthargie qu'à Bâle s'emparait de lui peu à peu et maîtrisait ses sens.
Combien de temps avait-il suivi Obenreizer hors de la galerie? Combien d'obstacles avait-il franchis derrière ses pas?... Il s'éveilla tout à coup, avec la conscience qu'Obenreizer s'était étroitement attaché à lui et qu'une lutte désespérée s'engageait entre eux dans la neige. Obenreizer tirait de sa ceinture ce poignard qui ne le quittait jamais, il frappa. La lutte s'engagea de nouveau plus désespérée, plus ardente. Vendale frappa encore une fois, repoussa son adversaire et se retrouva bientôt face à face avec lui... puis terrassé, gisant sur la neige.
—J'ai promis de vous conduire au but de votre voyage,—dit Obenreizer,—j'ai tenu ma promesse. C'est ici que va finir le voyage de votre vie. Rien ne peut la prolonger. Prenez garde, vous allez glisser si vous essayez de vous lever.
—Vous êtes un misérable!... Que vous ai-je fait?