—Vous êtes un être stupide. J'ai versé un narcotique dans ce que vous venez de boire.... Stupide, vous l'êtes deux fois. Je vous avais déjà versé de ce narcotique pendant le voyage pour en faire l'essai. Trois fois stupide, car je suis le voleur, le faussaire que vous cherchez, et dans quelques instants, je m'emparerai sur votre cadavre de ces preuves avec lesquelles vous aviez promis de me perdre.
Vendale essaya de secouer sa torpeur, mais le funeste effet n'en était que trop sûr. Tandis que son meurtrier lui parlait, il se demandait s'il était vrai qu'il fût blessé, si c'était à lui qu'était ce sang coulant sur la neige.
—Que vous ai-je fait?—murmura-t-il.—Pourquoi êtes-vous devenu ce vil assassin?
—Ce que vous m'avez fait?... Vous m'auriez perdu si je ne vous avais empêché d'arriver au terme de votre voyage. Votre activité maudite est venue me ravir le temps sur lequel j'avais compté pour pouvoir restituer l'argent volé. Ce que vous m'avez fait?... Vous êtes venu vous placer sur ma route, non une fois, non en passant, mais toujours, mais sans trêve. N'ai-je point essayé de me débarrasser de vous autrefois?... Ah! ah! se débarrasser de vous, ce n'est pas aisé. C'est pourquoi vous allez mourir ici.
Vendale essaya de rappeler ses pensées qui le fuyaient; il voulut parler, mais en vain. Instinctivement il cherchait le bâton ferré qui s'était échappé de ses mains, il ne put le saisir. Alors, il essaya de se relever sans ce secours.... En vain, en vain! Il trébucha et tomba lourdement au bord d'un abîme....
Défaillant, engourdi, un voile devant les yeux n'entendant plus rien, il fit pourtant un si terrible effort qu'il se souleva sur ses mains. Il vit son ennemi, là, debout, au-dessus de lui, calme, sinistre, implacable.
—Vous m'appelez assassin,—dit Obenreizer,—ce nom ne me touche guère. Au moins, vous ne pouvez dire que je n'ai pas joué ma vie contre la vôtre, car je suis environné de périls et peut-être ne réussirai-je pas à me frayer un chemin à travers les précipices. La tourmente va de nouveau éclater tout à l'heure, voyez! la neige tourbillonne! Il me faut ce reçu, il me faut ces papiers tout de suite. Chaque moment qui s'écoule emporte ma vie.
—Arrêtez!—s'écria Vendale, d'une voix menaçante, et essayant encore une fois de se lever.
Le dernier éclair du feu qui s'échappait de son être se ranimait, il réussit à saisir les mains de son ennemi.
—Arrêtez!—cria-t-il.—Loin de moi, assassin!... Que Dieu vienne en aide à Marguerite!... Jamais heureusement elle ne saura comment je suis mort.... Loin de moi!... Meurtrier! je veux encore une fois te regarder au visage.... Ce visage infâme me fait ressouvenir d'une chose que je devais t'apprendre....