Tout en parlant, il avait passé la lettre fort brève de Bintrey à Obenreizer, qui l'avait lue et qui la lui rendit.

—Lorsque cet homme de loi Anglais vous annonce qu'il va venir conférer avec vous,—s'écria-t-il,—cela veut dire qu'il vient pour repousser mon autorité sur Marguerite....

—Vous le croyez?

—J'en suis sûr, je le connais. Il est opiniâtre et chicanier. Dites-moi, Monsieur, si mon autorité est inattaquable jusqu'à la majorité de cette jeune fille?

—Absolument inattaquable.

—Je prétends donc la garder. Je l'obligerai bien à s'y soumettre!... Mais,—reprit Obenreizer, passant de cet emportement à un grand air de douceur et de soumission,—je vous devrai encore cette satisfaction, Monsieur, à vous qui, avec tant de confiance, avez pris sous votre protection et à votre service un homme si cruellement outragé.

—Tenez-vous l'esprit tranquille,—interrompit Maître Voigt.—Pas un mot de plus sur ce sujet, et pas de remerciements. Soyez ici demain matin, avant l'arrivée de l'autre clerc, entre sept et huit heures; vous me trouverez dans cette chambre. Je veux vous initier moi-même à votre besogne.... Maintenant, allez-vous-en, allez-vous-en. J'ai des lettres à écrire; je ne veux pas entendre un mot de plus.

Congédié avec cette brusquerie amicale, et satisfait de l'impression favorable qu'il avait produite sur l'esprit du vieillard, Obenreizer put réfléchir à son aise. Alors la mémoire lui revint de certaine note qu'il avait prise mentalement durant cet entretien. Ainsi donc, Maître Voigt avait eu jadis un client dont le nom était Vendale.

—Je connais assez bien l'Angleterre à présent,—se disait-il tout en faisant courir ses pensées devant lui, assis sur un banc devant le parterre.—Ce nom de Vendale y est bien rare. Jamais je n'avais rencontré personne qui le portât avant....

Il regarda involontairement derrière lui par-dessus son épaule.