—En d'autres termes, vous, homme de loi, vous êtes ici pour représenter une infraction à la loi.
—Admirablement engagé,—s'écria l'Anglais,—si tous ceux à qui j'ai affaire étaient aussi nets que vous, que ma profession deviendrait aisée! Je suis donc ici pour représenter une infraction à la loi. Voilà votre façon à vous d'envisager les choses; mais j'ai aussi la mienne et je vous dis que je suis ici pour essayer d'un compromis entre votre nièce et vous....
—Pour discuter un compromis,—interrompit Obenreizer,—la présence des deux parties est indispensable.... Je ne suis pas l'une de ces deux parties. La loi me donne le droit de contrôler les actions de ma nièce jusqu'à sa majorité. Or, elle n'est pas majeure. C'est mon autorité que je veux.
En ce moment, Maître Voigt essaya de parler. Bintrey, de l'air de compatissante indulgence qu'on emploie envers les enfants gâtés, lui imposa silence.
—Non, mon digne ami, non, pas un mot. Ne vous agitez pas vainement. Laissez-moi faire.
Et se retournant vers Obenreizer, il s'adressa de nouveau à lui.
—Je ne puis rien trouver qui vous soit comparable, Monsieur,—dit-il,—rien que le granit. Encore le granit même s'use-t-il par l'effet du temps. De grâce, dans l'intérêt de la paix et du repos, au nom de votre dignité laissez-vous amollir un peu.... Ah! si vous vouliez seulement déléguer votre autorité à une personne que je connais, vous pourriez être bien sûr que cette personne ne perdrait jamais, ni jour, ni nuit, votre nièce de vue....
—Vous perdez votre temps et le mien,—interrompit Obenreizer.—Si ma nièce n'est pas rendue à mon autorité sous huit jours, j'invoquerai la loi. Si vous résistez à la loi, je saurai bien là prendre de force.
En même temps, il se dressait de toute sa taille. Maître Voigt regarda encore une fois autour de lui, vers la porte brune.
—Ayez pitié de cette pauvre jeune fille,—reprit Bintrey avec insistance.—Rappelez-vous qu'elle a tout récemment perdu son fiancé. Il est mort d'une mort affreuse.... Rien ne pourra donc vous toucher?