La porte brune s'ouvrit.
Soutenu par Marguerite, pâle, le bras droit en écharpe, Vendale se trouva debout devant son meurtrier.
Un fantôme sortant de la tombe!
Durant le silence qui suivit, le chant d'un oiseau en cage qui gazouillait en bas dans la cour, fut le seul bruit qu'on entendit dans cette chambre.
Maître Voigt toucha le bras de Bintrey, et lui montrant Obenreizer:
—Regardez-le,—dit-il tout bas.
Cette émotion terrible avait paralysé le misérable; son visage était celui d'un cadavre, et sur sa joue pâle un seul point gardait la couleur de la vie: c'était cette raie pourpre et sanguinolente, la cicatrice de la blessure que sa victime lui avait faite au bord du gouffre en se débattant contre lui. Sans voix, sans haleine, immobile, stupide, on eût dit que, à l'aspect de Vendale, la mort à laquelle il avait condamné son ennemi venait de le frapper lui-même.
—Quelqu'un devrait lui parler,—dit Maître Voigt.—Dois-je le faire?
Même en ce moment, Bintrey s'opiniâtra à faire taire l'heureux possesseur de l'horloge à secret, l'homme de loi Anglais entendant se réserver entièrement la direction de cette affaire. Il fit signe à Marguerite et à Vendale de sortir.
—Le but de votre apparition soudaine est rempli,—dit-il à ce dernier.—Éloignez-vous, quant à présent. Votre absence aidera sans doute Monsieur Obenreizer à recouvrer le sens et la voix qu'il a perdus.