Des enfants et des mères voyageaient avec lui! Des enfants et des mères se rencontrèrent sur son passage quand il fut débarqué et qu'il alla de maison en maison, de boutique en boutique, demander son chemin. Passant sous un gai soleil, ces mères lui apparaissaient heureuses et fières, ces enfants plus heureux encore; partout il trouvait de quoi le faire cruellement ressouvenir de ce monde souriant d'illusions, jadis si cruellement éveillé dans son cœur; tout lui rappelait la mémoire de celle qui n'était plus, de celle qui s'était évanouie, le laissant lui, morose, et sombre comme un miroir d'où la lumière s'est éclipsée, il questionna, s'informa de tous côtés. Nul ne savait où était Lime Tree Lodge. À bout de ressources, il entra dans les bureaux d'une agence de locations.
—Savez-vous où est Lime Tree Lodge?
L'agent lui montra du doigt de l'autre côté de la rue une maison d'apparence lugubre, percée d'un nombre inusité de fenêtres, qui semblait avoir été jadis une fabrique, et qui était maintenant un hôtel.
—Voilà où se trouvait Lime Tree Lodge, monsieur,—lui dit cet homme,—il y a dix ans.
Second espoir évanoui. Là encore pas d'issue!... pas d'issue!...
Une dernière chance lui restait; c'était de trouver le répondant clérical M. Harker. Il entra dans la boutique d'un libraire et demanda si on pouvait le renseigner sur la demeure actuelle du Révérend. Le libraire fit un geste de surprise, fronça les sourcils, et demeura muet. Cependant il prit sur son comptoir un précieux petit volume, habillé d'une reliure grise et sombre, le tendit au visiteur, ouvert à la première page, et Wilding y lut:
LE MARTYRE
Du
RÉVÉREND JOHN HARKER
dans la Nouvelle-Zélande,
Raconté par un ancien membre de sa Congrégation.
—Je vous demande pardon,—fit Wilding.
Le libraire répondit seulement par un signe de tête à ses excuses. Wilding sortit.
Troisième et dernier espoir détruit. Pas d'issue!... pas d'issue!...