—Aucun!—répéta Bintrey, avec un peu moins d'empressement.
—Je vous remercie tous les deux. Mes instructions seront simples, et mon testament très bref. Peut-être aurez-vous la complaisance de rédiger cela tout de suite, Monsieur Bintrey. Je laisse ma fortune réalisée, et mon bien personnel, sans exception ni réserve, à vous, mes deux dépositaires et exécuteurs testamentaires, à la charge, par vous, de restituer le tout au véritable Walter Wilding, si vous pouvez le découvrir et établir son identité dans les deux ans qui suivront ma mort. Au cas où vous ne le retrouveriez point avant ce délai expiré, vous remettriez, le dépôt à titre de legs et de don à l'Hospice des Enfants Trouvés.... Eh bien?
—Ce sont là toutes vos instructions?—demanda Bintrey, après un assez long silence durant lequel aucun de ces trois hommes n'avait osé regarder les autres.
—Toutes.
—Et votre détermination est bien prise?
—Irrévocablement prise.
—Il ne me reste donc plus qu'à rédiger ce testament suivant la forme,—reprit l'homme d'affaires, en levant les épaules,—mais, est-il nécessaire de se presser? Il n'y a pas urgence, que diable! Vous n'avez pas envie de mourir?
—Monsieur Bintrey,—dit Wilding,—ce n'est ni vous ni moi qui connaissons le moment où je dois mourir et je serais aise d'avoir soulagé mon esprit de ce pénible sujet.
—Comme il vous plaira,—dit Bintrey,—je redeviens homme de loi. Si un rendez-vous, dans une semaine, à pareil jour, peut convenir à Monsieur Vendale, je l'inscrirai sur mon carnet.
Le rendez-vous fut pris et l'on n'y manqua point. Le testament, signé selon les formes, cacheté, déposé, attesté par les témoins, resta aux mains de Bintrey. Celui-ci le classa en son ordre dans un de ces coffrets de fer scellés et portant sur une plaque le nom du testateur, qui étaient cérémonieusement rangés dans son cabinet de consultations, comme si ce sanctuaire de la légalité avait été en même temps un caveau funéraire. Quant à Wilding, l'esprit un peu rasséréné, et reprenant courage, il se mit à ses occupations habituelles.