Madame Dor se mit en route et n'accomplit pas, sans peine, le grand voyage du poêle à son lit. Chemin faisant, elle laissa tomber un bas; Vendale le ramassa et ouvrit la porte à la bonne dame. Elle fit un pas en avant. Voilà encore un bas par terre! Vendale se baissa de nouveau et Obenreizer intervint avec force excuses, tout en lançant à la vieille Suissesse certain regard qui acheva de la mettre en désordre. Cette fois, tous les bas roulèrent ensemble sur le parquet, et, frappée d'épouvante, Madame Dor s'enfuit, tandis qu'Obenreizer balayait des deux mains tout le parquet avec fureur.

—Madame Dor!—s'écria-t-il.

—Mon Dieu!

On entendit un sifflement dans l'air et Madame Dor disparut sous une grêle de bas. Obenreizer ne se possédait plus.

—Que devez-vous penser, Monsieur Vendale,—s'écria-t-il,—de ce déplorable empiétement des détails domestiques dans ma maison? Quant à moi, j'en rougis vraiment. Ah! nous commençons mal la nouvelle année: tout a été de travers ce soir. Asseyez-vous, je vous prie, et dites-moi ce que je puis vous offrir. Ne prouverons-nous point ensemble notre respect à une de vos grandes institutions Anglaises? Ma foi, mon étude, à moi, toute mon étude, c'est d'être un joyeux compagnon. Je vous propose un grog.

Vendale déclina le grog, avec tout le respect voulu pour cette grande institution ironiquement célébrée par Obenreizer.

—Je désire vous parler d'une chose qui m'intéresse, plus qu'aucune autre au monde,—reprit-il.—Vous avez pu remarquer, dès les premiers moments où nous nous sommes rencontrés, l'admiration que m'a inspirée votre charmante nièce.

—Vous êtes bon, Monsieur Vendale. Au nom de ma nièce, je vous remercie.

—Peut-être avez-vous aussi observé dans ces derniers temps que mon admiration pour Mademoiselle Obenreizer s'était changée en un sentiment plus profond... plus tendre?

—L'appellerons-nous le sentiment de l'amitié, Monsieur Vendale?