Un éclair jaillit des yeux d'Obenreizer à travers le nuage.
—Oh! vous êtes le maître de la situation,—répondit-il d'un ton de soumission ironique,—la volonté de ma nièce et la mienne avaient coutume de n'en faire qu'une. Vous êtes venu vous placer entre Mademoiselle Marguerite et moi; sa volonté, à présent, est la vôtre. Dans mon pays, nous savons quand nous sommes battus et nous nous rendons alors avec grâce... à de certaines conditions. Revenons à l'exposé de votre fortune.... Ce que je trouve à objecter contre vous, c'est une chose renversante et bien audacieuse pour un homme de ma condition parlant à on homme de la vôtre!
—Quelle est cette chose renversante?
—Vous m'avez fait l'honneur de me demander la main de ma nièce. Pour le moment... avec l'expression la plus vive de ma reconnaissance et de mes plus profonds respects... je décline cet honneur.
—Pourquoi?
—Parce que vous n'êtes pas assez riche.
Ainsi qu'Obenreizer l'avait prévu, Vendale demeura frappé de surprise. Il était muet.
—Votre revenu est de quinze cents livres,—poursuivit Obenreizer.—Dans ma misérable patrie, je tomberais à genoux devant ces quinze cents livres, et je m'écrierais que c'est une fortune princière. Mais, dans l'opulente Angleterre, je dis que c'est une modeste indépendance, rien de plus. Peut-être serait-elle suffisante pour une femme de votre rang, qui n'aurait point de préjugés à vaincre; ce n'est pas assez de moitié pour une femme obscurément née, pour une étrangère qui verrait toute la société en armes contre elle. Si ma nièce doit jamais vous épouser, il lui faudra vraiment accomplir les travaux d'Hercule pour arriver à conquérir son rang dans le monde. Ce n'est peut-être pas là votre manière de voir, mais c'est la mienne. Je demande que ces travaux d'Hercule soient rendus aussi doux que possible à Mademoiselle Marguerite. Dites-moi, Monsieur Vendale, avec vos quinze cents livres, votre femme pourrait-elle avoir une maison dans un quartier à la mode? Un valet de pied pour ouvrir sa porte? Un sommelier pour verser le vin à sa table? Une voiture, des chevaux, et le reste?... Je vois la réponse sur votre figure, elle me dit: Non.... Très bien. Un mot encore et j'ai fini. Prenez la généralité des Anglaises, vos compatriotes, d'une éducation soignée et d'une grâce accomplie. N'est-il pas vrai qu'à leurs yeux, la dame qui a maison dans un quartier à la mode, valet de pied pour ouvrir sa porte, sommelier pour servir à sa table, voiture à la remise, chevaux à l'écurie, n'est-il pas vrai que cette dame a déjà gagné quatre échelons dans l'estime de ses semblables. Cela n'est-il pas vrai, oui ou non?
—Arrivez au but,—dit Vendale;—vous envisagez tout ceci comme une question d'argent. Quel est votre prix?
—Le plus bas prix auquel vous puissiez pourvoir votre femme de tous les avantages que je viens d'énumérer et lui faire monter les quatre échelons dont il s'agit. Doublez votre revenu, Monsieur Vendale; on ne peut vivre à moins en Angleterre avec la plus stricte économie. Vous disiez tout à l'heure que vous espériez beaucoup augmenter la valeur de votre maison. À l'œuvre! Augmentez-la, cette valeur. Je suis bon diable, après tout! Le jour où vous me prouverez que votre revenu est arrivé au chiffre de trois mille livres, demandez-moi là main de ma nièce: elle est à vous.