Obenreizer demeura d'abord silencieux. Le nuage couvrit ses prunelles, le battement imperceptible agita ses joues.

—Excusez-moi quelques minutes,—dit-il avec sa politesse cérémonieuse,—je voudrais parler à ma nièce.

Puis il salua Vendale et quitta la chambre.

Vendale, demeuré seul, se mit à rechercher la cause de ce refus inattendu qu'il rencontrait. Obenreizer l'avait constamment empêché depuis quelques mois de faire sa cour à Marguerite. Maintenant il s'opposait à un mariage si avantageux pour sa nièce, que son esprit ingénieux même ne pouvait trouver à l'encontre aucune raison sérieuse. Incompréhensible conduite que celle d'Obenreizer! Qu'est-ce que cela voulait dire?

Pour se l'expliquer à lui-même, Vendale descendit au fond des choses; il se souvint qu'Obenreizer était un homme de son âge, et que Marguerite n'était sa nièce qu'à demi. Avec la prompte jalousie des amants, il se demanda s'il n'avait pas en même temps devant lui un rival à redouter et un tuteur à conquérir. Cette pensée ne fit que traverser son esprit; ce fut tout. La sensation du baiser de Marguerite qui brûlait encore sa joue lui rappela qu'un mouvement de jalousie même passagère, était maintenant un outrage envers la jeune fille.

En y réfléchissant bien, on pouvait croire qu'un motif personnel et d'un tout autre genre dictait à Obenreizer une conduite si surprenante. La grâce et la beauté de Marguerite étaient de précieux ornements pour ce petit ménage. Elles donnaient du charme et de l'importance à la maison, des armes à Obenreizer pour subjuguer ceux dont il avait besoin, une certaine influence sur laquelle il pouvait toujours compter pour donner de l'attrait au logis et dont il pouvait user pour son intérieur. Était-il homme à renoncer à tout cela sans compensation? Une alliance avec Vendale lui offrait, sans doute, certains avantages très sérieux. Mais il y avait à Londres des centaines d'hommes plus puissants, plus accrédités que George, et peut-être avait-il placé son ambition et ses espérances plus haut!

À ce moment même où cette dernière question traversait l'esprit de Vendale, Obenreizer reparut pour y répondre ou pour n'y point répondre, ainsi que la suite de ce récit va le démontrer.

Il s'était fait un grand changement dans l'attitude et dans toute la personne d'Obenreizer; ses manières étaient bien moins assurées; il y avait autour de ses lèvres tremblantes des signes manifestes d'un trouble profond et violent. Venait-il de dire quelque chose qui avait fait entrer le cœur de Marguerite en révolte? Venait-il de se heurter contre la volonté bien déterminée de la jeune fille? Peut-être oui, peut-être que non. Sûrement, il avait l'air d'un homme rebuté et désespéré de l'être.

—J'ai parlé à ma nièce,—dit-il,—Monsieur Vendale; l'empire que vous exercez sur sont esprit ne l'a pas entièrement aveuglée sur les inconvénients sociaux de ce mariage?...

—Puis-je vous demander,—s'écria Vendale,—si c'est là le seul résultat de votre entrevue avec Mademoiselle Marguerite?