—Si je pouvais l'y jeter!
Puis il reprenait sa promenade à travers la chambre, les yeux baissés.
—Où le volerai-je, si je le peux?... Où le tuerai-je, s'il le faut?...
Et le fleuve roulait, roulait, semblant répéter ces paroles comme un refrain de mort, dont le bruit devint si distinct aux oreilles du Suisse qu'il s'arrêta brusquement encore une fois, pensant qu'il ferait mieux de se parler à lui-même de toute autre chose.
—Où le volerai-je, si je le peux?... Où le tuerai-je, s'il le faut?...
Obenreizer changea tout à coup de refrain.
—Le Rhin mugit ce soir,—dit-il en songeant,—comme la vieille cascade de chez nous. Je vous ai déjà parlé de cette cascade que ma mère montrait aux voyageurs. Le bruit en changeait selon le temps qu'il faisait, ainsi que celui de toutes les chutes d'eau et de toutes les eaux courantes. Lorsque je devins apprenti chez l'horloger, ce murmure, je me le rappelle, me poursuivait encore et semblait me dire: «Qui es-tu, petit malheureux? Pauvre petit infortuné, qui es-tu?» D'autres fois, lorsque le bruit devenait plus sourd et annonçait un orage près d'éclater, je croyais entendre ces mots: «Boum! boum! battez-le! battez-le!» C'est ce que criait ma mère quand elle se mettait en colère contre moi... si tant est qu'elle fût ma mère!...
—Si tant est...—répliqua Vendale, qui changea brusquement de posture,—si tant est qu'elle fût votre mère!... Pourquoi dites-vous cela?
—Que sais-je?—répéta Obenreizer avec un geste d'indifférence;—que puis-je vous dire?... ma naissance est si obscure. Par exemple, j'étais encore très jeune, un petit enfant, que tout le reste de ma famille, hommes et femmes, étaient presque vieux. Tout est donc possible à croire....
—Avez-vous jamais douté?...