—Je vous ai déjà dit, une fois, que je doutais de mon père et de ma mère,—répliqua le Suisse.—Mais enfin, je suis de ce monde, n'est-il pas vrai? Je fais partie de la création, et si je ne suis point issu d'une bonne famille, qu'importe!

—En vérité, êtes-vous bien Suisse?—lui demanda Vendale, qui ne le quittait plus des yeux.

—Et comment le saurais-je?—fit Obenreizer, en s'arrêtant brusquement.

Il jeta par-dessus l'épaule un regard indéfinissable à son compagnon.

—Si l'on vous demandait: Êtes-vous Anglais? Comment pourriez-vous répondre?... Comment le savez-vous?

—Par ce qui m'a été dit depuis mon enfance.

—Oh! de cette façon, je suis aussi éclairé sur moi que vous-même.

—Et puis,—ajouta Vendale, suivant sa pensée,—par mes premiers souvenirs.

—Moi aussi; j'en sais donc autant sur Obenreizer que vous en savez sur Vendale... si cela s'appelle savoir.

—Vous n'êtes donc pas content de ce que vous savez, et tout cela ne vous suffît point?