—Il faut bien que cela me suffise et que je sois content. Quand on a dit: «il faut», on a tout dit sur notre petite terre. Deux mots bien courts mais plus forts que tous les raisonnements et que toutes les phrases!

—Vous êtes né dans la même année que ce pauvre Wilding, vous étiez du même âge,—dit Vendale, en le regardant encore d'un air pensif, tandis qu'Obenreizer recommençait à marcher dans l'appartement.

—Oui, du même âge.

Obenreizer était-il donc celui que Wilding avait cherché? Dans cette théorie sur l'étroitesse du monde, qui revenait sans cesse sur ses lèvres, n'y avait-il pas un sens plus subtil qu'il n'en avait l'air?

Cette lettre de Suisse qui le recommandait à la maison Wilding et Co., n'avait-elle suivi de si près la révélation de Madame Goldstraw que parce que l'enfant, victime de l'erreur et de l'injustice, allait paraître?

Que de profondeurs dans cette vie qui restaient insondables! Quoi de plus curieux aussi que le hasard ou l'enchaînement de sentiments et de devoirs qui avait établi entre Obenreizer et Vendale une cordialité croissante de rapports, une intimité assez grande pour les amener là, tous deux par cette nuit d'hiver, s'acheminant ensemble au même lieu, au même but.

Les pensées de Vendale, éveillées sur cet objet, se perdaient dans l'espace, tandis que ses yeux suivaient toujours Obenreizer qui ne cessait point sa promenade. Et le fleuve roulait, roulait, et poursuivait sa psalmodie funèbre.

—Où le volerai-je, si je le puis?... Où le tuerai-je, s'il le faut?...

Le secret de Wilding ne courait aucun danger sur les lèvres de Vendale. Mais celui-ci songeait que c'était sous le poids même de ce secret que Wilding était mort; il sentait, lui aussi, le poids redoutable dont il avait hérité. Et cependant le fardeau lui semblait maintenant un peu moins lourd, et l'obligation de suivre la trace cherchée, quelqu'obscure qu'elle fût, moins pénible. Quoi! ne serait-il pas bien heureux qu'Obenreizer fût le véritable Walter Wilding.

Eh non! Bien qu'à force de raisonnements et de combats, il eût à peu près vaincu la défiance que lui inspirait cet homme, il ne pouvait souhaiter de le voir prendre la place de l'ami qui n'était plus. Un tel associé à lui, qui était si franc, si simple, si dénué d'artifice!... Et puis, voudrait-il qu'Obenreizer devint riche?... Non. Obenreizer avait assez de pouvoir déjà sur Marguerite sans que la richesse vînt l'augmenter encore. Voudrait-il que cet homme fût le tuteur de Marguerite, alors qu'il lui serait prouvé qu'il n'était point son parent? Non!... non!...