«Je ne veux plus le regarder,» se dit Tom à lui-même, en fermant solidement ses paupières; et il tâcha de se persuader qu'il allait se rendormir. Impossible! une quantité de fauteuils bizarres dansaient devant ses yeux, battaient des entrechats avec leurs pieds, jouaient à saute-mouton et faisaient toutes sortes de bamboches.
«Autant voir un fauteuil réel que deux ou trois douzaines de fauteuils imaginaires,» pensa Tom, en sortant sa tête de dessous la couverture.
L'objet de son étonnement était toujours là, fantastiquement éclairé par la lumière vacillante du feu.
Tom le contemplait fixement, lorsque soudain il le vit changer de figure. Les sculptures du dossier prirent graduellement les traits et l'expression d'une face humaine, vieillotte et ridée; le damas à ramages devint un antique gilet flamboyant; les pieds s'allongèrent, enfoncés dans des pantoufles rouges; et le fauteuil, enfin, offrit l'apparence d'un très-vieux et très-vilain bourgeois du siècle précédent, qui se serait campé là, les poings sur les hanches. Tom s'assit sur son lit et se frotta les yeux, pour chasser cette illusion. Mais non! le fauteuil était bien réellement un vieux gentleman; et qui plus est, il commença à cligner de l'œil en regardant Tom Smart.
Tom était naturellement un gaillard audacieux, et par-dessus le marché il avait dans l'estomac cinq verres de punch. Quoiqu'il eût été d'abord un peu démoralisé, il sentit que sa bile s'échauffait en voyant l'antique gentleman le lorgner ainsi d'un air impudent. A la fin, il résolut de ne pas le souffrir et comme la vieille face continuait à cligner de l'œil aussi vite qu'un œil peut cligner, Tom lui dit d'un ton courroucé:
«Pourquoi diantre me faites-vous toutes ces grimaces-là?
—Parce que cela me plaît, Tom Smart,» répondit le fauteuil, ou le vieux gentleman, comme vous voudrez l'appeler. Cependant il cessa de cligner de l'œil, mais il se mit à ricaner en montrant ses dents, comme un vieux singe décrépit.
«Comment savez-vous mon nom, vieille face de casse-noisettes? demanda Tom un peu ébranlé, quoiqu'il voulût avoir l'air de faire bonne contenance.
—Allons! allons! Tom, ce n'est pas comme cela qu'on doit parler à de l'acajou massif. Dieu me damne! on ne traiterait pas ainsi le plus mince plaqué.» En disant ces mots, le vieux gentleman avait l'air si féroce, que Tom commença à s'effrayer.
«Je n'avais pas l'intention de vous manquer de respect, monsieur, répondit-il d'un ton beaucoup plus humble.