—Alors, vous verrez ce qu'il y a de mieux à faire, monsieur, nous agirons en conséquence.»
Comme cet arrangement paraissait le meilleur possible, il fut finalement adopté. Sam se retira, avec la permission de son maître, pour passer la soirée comme il l'entendrait. Il dirigea ses pas vers la buvette de la maison, et peu de temps après, fut élevé au fauteuil par la voix unanime de l'assemblée. Une fois parvenu à ce poste honorable, il fit éclater tant de mérite, que les éclats de rire des gentlemen habitués, et les marques bruyantes de leur satisfaction, parvinrent jusqu'à la chambre à coucher de M. Pickwick, et raccourcirent, de plus de trois heures, la durée naturelle de son sommeil.
Le lendemain, dès le matin, Sam Weller s'occupa de calmer l'agitation fiévreuse qui lui restait de la veille, par l'application d'une douche d'un penny; c'est-à-dire que, moyennant cette pièce de monnaie, il engagea un jeune gentleman du département de l'écurie à faire jouer la pompe sur sa tête et sur sa face, jusqu'à l'entière restauration de ses facultés intellectuelles. Tandis qu'il subissait ce traitement médical, son attention fut attirée par un jeune homme, assis sur un banc, dans la cour. Il était vêtu d'une livrée violette, et lisait dans un livre d'hymnes, avec un air d'abstraction profonde, qui ne l'empêchait cependant pas de jeter de temps en temps un coup d'œil vers Sam, comme s'il avait pris grand intérêt à l'opération qu'il se faisait faire.
«Voilà un drôle de corps, pensa celui-ci, la première fois que ses yeux rencontrèrent ceux de l'étranger en livrée violette. Et, en effet, avec son pâle visage, large et plat, avec ses yeux enfoncés et sa tête énorme, d'où pendaient plusieurs mèches de cheveux noirs et lisses, l'étranger pouvait passer pour un drôle de corps. «Voilà un drôle de corps,» pensa donc Sam Weller, et après avoir pensé cela, il continua de se laver, et n'y pensa pas davantage.
Cependant l'homme en livrée violette continuait à regarder Sam et son livre d'hymnes, son livre d'hymnes et Sam, comme s'il avait eu envie d'entamer la conversation. A la fin, pour lui en fournir l'occasion, Sam lui dit, avec un signe de tête familier: «Comment ça va-t-il, mon bonhomme?
—Je suis heureux de pouvoir dire que je vais assez bien, monsieur, répondit l'homme violet d'une voix mesurée et en fermant son livre avec précaution. J'espère que vous allez de même, monsieur?
—Eh! eh! je serais plus solide sur mes jambes si je ne me sentais pas comme une bouteille d'eau-de-vie ambulante; mais vous, mon vieux, restez-vous dans cette maison ici?»
L'homme violet répondit affirmativement.
«Comment se fait-il donc que vous n'étiez pas avec nous hier soir? demanda Sam, en se frottant la face avec un essuie-mains. Vous me faites l'effet d'un bon vivant, l'air aussi gaillard qu'une truite dans un panier plein de chaux, ajouta-t-il d'un ton un peu plus bas.
—J'étais sorti avec mon maître, répondit l'étranger.