«Non, non, observa-t-il, en conclusion. Cela ne se dit pas à tout le monde. C'est un secret; un grand secret, M. Walker.»
En prononçant ces paroles, l'homme violet retourna son verre sens dessus dessous, afin de faire remarquer ingénieusement à son compagnon qu'il n'y restait plus rien pour assouvir sa soif. Sam comprit l'apologue; il en apprécia la délicatesse, et ordonna de remplir, sur nouveaux frais, le vase d'étain. Cet ordre fit briller de plaisir les petits yeux de l'homme violet.
«Ainsi donc, c'est un secret? reprit Sam.
—Je l'imagine comme cela, répliqua l'autre en sirotant sa liqueur avec complaisance.
—Je suppose que votre maître est un richard?»
M. Trotter sourit, et, tenant son verre de la main gauche, il donna, avec sa main droite, quatre tapes distinctes sur le gousset de sa culotte violette, comme pour faire entendre que son maître aurait pu agir de même sans alarmer personne par le bruit de son argent.
«Ah! reprit Sam, voilà l'histoire?»
L'homme violet baissa la tête d'une manière significative.
«Et est-ce que vous n'imaginez pas, mon vieux, que vous seriez une fameuse canaille si vous laissiez votre maître empoigner cette jeune demoiselle?
—Je sais cela, répliqua Job Trotter, en soupirant profondément et en tournant vers son interlocuteur un visage plein de contrition. Je sais cela, et c'est ce qui pèse sur mon esprit; mais qu'est-ce que je peux faire?