—Faire? s'écria Sam, chanter à la maîtresse et enfoncer votre maître.
—Qui est-ce qui me croirait? La jeune lady est regardée comme un modèle de prudence et de discrétion; elle dirait que non, et mon maître aussi. Qui est-ce qui me croirait? Je perdrais ma place et je me verrais poursuivi comme diffamateur ou quelque chose comme ça. Voilà tout ce que j'y gagnerais.
—Il y a du vrai, dit Sam en ruminant; il y a du vrai dans ce que vous dites là.
—Si je connaissais quelque respectable gentleman qui voulût se charger de l'affaire, je pourrais espérer d'empêcher l'enlèvement. Mais il y a la même difficulté, monsieur Walker; juste la même. Je ne connais pas de gentleman respectable en ce pays, et si j'en connaissais un, il y a dix à parier contre un qu'il ne croirait pas mon récit.
—Venez par ici, cria Sam, en se levant tout d'un coup et en saisissant son compagnon par le bras. Mon maître est l'homme qu'il vous faut.»
Après une légère résistance, Job Trotter fut conduit dans l'appartement de M. Pickwick, et lui fut présenté, avec un court sommaire du dialogue que nous venons de rapporter.
«Je suis bien fâché de trahir mon maître, monsieur, dit Job Trotter, en appliquant à son œil un mouchoir rouge d'environ trois pouces carrés.
—Ce sentiment vous fait beaucoup d'honneur, répliqua M. Pickwick. Mais, cependant, c'est votre devoir....
—Je sais que c'est mon devoir, monsieur, reprit Job avec une grande émotion. Nous devons tous nous efforcer de remplir nos devoirs, monsieur, et je m'efforce humblement de remplir les miens, monsieur. Mais c'est une dure épreuve de trahir un maître, monsieur, dont vous portez les habits, dont vous mangez le pain, même quand c'est un coquin, monsieur.
—Vous êtes un brave garçon, dit M. Pickwick fort affecté, un honnête garçon.