CHAPITRE XIX.

Un jour heureux, terminé malheureusement.

Les oiseaux saluèrent la matinée du 1er septembre 1831 comme l'une des plus agréables de la saison, car ils ignoraient, heureusement pour la paix de leur cœur, les immenses préparatifs qu'on faisait pour les exterminer. Plus d'une jeune perdrix, qui trottait complaisamment dans les prés, avec toute la gracieuse coquetterie de la jeunesse; et plus d'une mère perdrix, qui, de son petit œil rond, considérait cette légèreté avec l'air dédaigneux d'un oiseau plein d'expérience et de sagesse, ignorant également le destin qui les attendait, se baignaient dans l'air frais du matin, avec un sentiment de bonheur et de gaieté. Quelques heures plus tard, leurs cadavres devaient être étendus sur la terre! Mais silence! il est temps de terminer cette tirade, car nous devenons trop sentimental.

Donc, pour parler d'une manière simple et pratique, c'était une belle matinée, si belle qu'on aurait eu peine à croire que les mois rapides d'un été anglais étaient déjà presque écoulés. Les haies, les champs, les arbres, les coteaux, les marais, se paraient de mille teintes variées. A peine une feuille tombée, à peine une nuance de jaune mêlée aux couleurs du printemps, vous avertissaient que l'automne allait commencer. Le ciel était sans nuage; le soleil s'était levé, chaud et brillant; l'air retentissait du chant des oiseaux et du bourdonnement des insectes; les jardins étaient remplis de fleurs odorantes, qui étincelaient sous la rosée comme des lits de joyaux éblouissants; toutes choses enfin portaient la marque de l'été, et pas une de ses beautés ne s'était encore effacée.

Malgré le charme de la saison, M. Snodgrass ayant préféré demeurer au logis, les trois autres pickwickiens montèrent dans une voiture découverte avec M. Wardle et M. Trundle, tandis que Sam Weller se plaçait sur le siége à côté du cocher.

Au bout d'une couple d'heures leur carrosse s'arrêta devant une vieille maison, sur le bord de la route. Ils étaient attendus, et trouvèrent à la porte, outre deux chiens d'arrêt, un garde-chasse, grand et sec, avec un enfant, dont les jambes étaient couvertes de guêtres de cuir. L'un et l'autre portaient une carnassière d'une vaste dimension.

«Dites-moi donc, murmura M. Winkle à M. Wardle, pendant qu'on abaissait le marchepied. Est-ce qu'ils supposent que nous allons tuer du gibier plein ces deux sacs-là.

—Plein ces deux sacs! s'écria le vieux Wardle. Que Dieu vous bénisse! vous en remplirez un et moi l'autre, et quand ils seront pleins, les poches de nos vestes en tiendront encore autant.»