Il ne fallut pas une seconde invitation pour engager la société à rendre pleine justice au repas, et il ne fallut pas plus d'instances pour décider Sam, le grand garde-chasse et les deux gamins à s'asseoir sur l'herbe, à une petite distance, et à battre en brèche une proportion décente de la victuaille. Un vieux chêne accordait son agréable ombrage aux deux groupes de convives, tandis que devant eux se déroulait un superbe paysage, entrecoupé de haies verdoyantes et richement orné de bois.

«Ceci est délicieux! tout à fait délicieux! s'écria M. Pickwick, avec un visage rayonnant, dont la peau pelait rapidement sous l'influence brûlante du soleil.

—Oui vraiment, vieux camarade, répliqua M. Wardle, allons, un verre de punch?

—Avec grand plaisir, répondit M. Pickwick; et l'expression radieuse de sa physionomie, après qu'il eût bu, témoigna de la sincérité de ses paroles.

—Bon! dit le philosophe en faisant claquer ses lèvres; très-bon! J'en vais prendre un autre verre. Frais! très-frais!... Allons! messieurs, poursuivit-il sans lâcher la bouteille, un toast! Nos amis de Dingley-Dell!»

Le toast fut bu avec de bruyantes acclamations.

«Je vais vous apprendre comment je m'y prendrai pour retrouver mon adresse à la chasse, dit alors M. Winkle, qui mangeait du pain et du jambon avec un couteau de poche. Je mettrai une perdrix empaillée sur un poteau, et je m'exercerai à tirer dessus, en commençant à une petite distance, et en reculant par degrés. C'est un excellent moyen.

—Monsieur, dit Sam, je connais un gentleman qui a fait ça et qui a commencé à quatre pieds; mais il n'a jamais continué, car du premier coup il avait si bien ajusté son oiseau que le diable m'emporte si on en a jamais revu une plume depuis.

—Sam! dit M. Pickwick.

—Monsieur?