—Ah! fit l'homme aux cheveux rouges, en regardant Sam du haut en bas; un de vos amis, monsieur?
—Pas exactement, monsieur, repartit M. Pickwick à voix basse. Le fait est que c'est mon domestique; mais je lui permets beaucoup de libertés, car, entre nous, je me flatte que c'est un original, et j'en suis assez orgueilleux.
—Ha! reprit l'homme aux cheveux roux, cela, c'est une affaire de goût. Moi, je n'aime rien de ce qui est original. Ça ne me convient pas: je n'en vois pas la nécessité. Quel est votre nom, monsieur?
—Voici ma carte, monsieur, répondit M. Pickwick, fort amusé par la brusquerie de la question et par les singulières manières de l'étranger.
—Ha! dit l'homme aux cheveux rouges en plaçant la carte dans son portefeuille, Pickwick? Très-bien. J'aime à savoir le nom des gens, cela est fort utile. Voici ma carte: Magnus, comme vous voyez, monsieur. Magnus est mon nom. C'est un assez beau nom, je pense, monsieur?
—Un très-beau nom, en vérité, répliqua M. Pickwick sans pouvoir réprimer un sourire.
—Oui, je le crois. Il y a un beau nom aussi devant, comme vous verrez.... Permettez, monsieur.... En tenant la carte un peu inclinée, comme ceci, le nom devient visible; voilà: Peter Magnus. Cela sonne bien, je pense, monsieur.
—Très-bien.
—Curieuse circonstance sur ces initiales, monsieur, comme vous voyez. P.M., post meridiem. Dans les petits billets avec mes intimes, je signe quelquefois Après-midi. Cela amuse beaucoup mes amis, monsieur Pickwick.
—En effet, je m'imagine que cela doit leur procurer la plus vive satisfaction, répliqua M. Pickwick, qui enviait en lui-même la facilité avec laquelle s'amusaient les amis de M. Magnus.»