«Le gouverneur y est-il? demanda-t-il enfin.
—Non, il n'y est pas, répondit Mme Weller, car la dame n'était autre que la ci-devant veuve et la seule et unique exécutrice testamentaire de feu M. Clarke. Non, il n'y est pas, et qui plus est je ne l'attends pas.
—Je suppose qu'il conduit aujourd'hui? reprit Sam.
—Peut-être que oui, peut-être que non, répliqua Mme Weller en beurrant la tartine que l'homme au nez rouge venait de faire rôtir. Je n'en sais rien, et de plus je ne m'en soucie guère.—Dites un Benedicite, monsieur Stiggins.»
L'homme au nez rouge fit ce qui lui était demandé, et attaqua aussitôt une rôtie avec une voracité sauvage.
Son apparence, dès le premier coup d'œil, avait induit Sam à suspecter qu'il voyait en lui le substitut du berger dont lui avait parlé son estimable père. Aussitôt qu'il le vit manger, tous ses doutes à ce sujet s'évanouirent, et il reconnut en même temps que s'il avait envie de s'installer provisoirement dans la maison, il fallait qu'il se mît sans délai sur un bon pied. Commençant donc ses opérations, il passa son bras par-dessus la demi-porte du comptoir, l'ouvrit, entra d'un pas délibéré, et dit tranquillement:
«Ma belle-mère, comment vous va?
—Eh bien! je crois que c'est un Weller! s'écria la grosse dame en regardant Sam d'un air fort peu satisfait.
—Un peu, que c'en est un! rétorqua l'imperturbable Sam, et j'espère que ce révérend gentleman m'excusera si je dis que je voudrais bien être le Weller qui vous possède, belle-mère.»
C'était là un compliment à deux tranchants. Il insinuait que Mme Weller était une femme fort agréable, et en même temps que M. Stiggins avait une apparence ecclésiastique. Effectivement, il produisit sur-le-champ un effet visible, et Sam poursuivit son avantage en embrassant sa belle-mère.