Toutes les servantes de la maison, vêtues d'un uniforme de mousseline, couraient çà et là dans un état d'agitation et d'inquiétude impossible à décrire. La vieille lady était parée d'une robe de brocart, qui depuis vingt années n'avait pas vu la lumière, excepté lorsque quelque rayon vagabond s'était glissé à travers les fentes de la boîte où elle était enfermée. M. Trundle resplendissait de satisfaction, mais on voyait pourtant que ses nerfs n'étaient pas bien solides. Quant au cordial amphitryon, il échouait complétement dans ses efforts pour paraître tranquille et gai. Excepté deux ou trois favorites, demeurées en haut, et honorées d'une vue particulière de la mariée et des demoiselles d'honneur, toutes les jeunes personnes étaient en larmes et en robe de mousseline. Les pickwickiens avaient également revêtu des costumes appropriés à la circonstance. Enfin l'on entendait sur le gazon, devant la grande porte, de terribles hurlements, poussés par tous les hommes, jeunes gars et gamins, dépendant de la ferme, et portant chacun une cocarde blanche à leur boutonnière. C'était Sam qui dirigeait leurs cris, du précepte et de l'exemple; car il était déjà parvenu à se rendre fort populaire, et se trouvait là aussi à son aise que s'il avait été conçu et enfanté sur les terres de M. Wardle.

Un mariage est un sujet privilégié de plaisanteries; et cependant après tout, il n'y a pas grande plaisanterie dans l'affaire. Nous parlons simplement de la cérémonie, et demandons qu'il soit bien entendu que nous ne nous permettons aucun sarcasme caché contre la vie maritale. Aux plaisirs, aux espérances qu'apporte le mariage, est mêlé le regret d'abandonner sa maison, sa famille, de laisser derrière soi les tendres amis de la portion la plus heureuse de la vie, pour en affronter les soucis avec une personne qu'on n'a pas encore éprouvée et qu'on connaît peu. Mais en voilà assez sur ce sujet: nous ne voulons pas attrister notre chapitre par la description de ces sentiments naturels, et nous regretterions encore bien plus de les tourner en ridicule.

Nous dirons donc brièvement que le mariage fut célébré par le vieil ecclésiastique, dans l'église paroissiale de Dingley-Dell; et que le nom de M. Pickwick est inscrit sur le registre, conservé jusqu'à ce jour dans la sacristie; que la jeune demoiselle aux yeux noirs ne signa pas son nom d'une main ferme, coulante et dégagée; que la signature d'Émily et celle de l'autre demoiselle d'honneur sont presque illisibles; que d'ailleurs tout se passa très-bien et d'une manière fort agréable; que les jeunes demoiselles trouvèrent, généralement, que la cérémonie était bien moins terrible qu'elles ne se l'étaient imaginé; et que si la propriétaire des yeux noirs et du sourire malicieux jugea convenable d'informer M. Winkle, qu'assurément elle ne pourrait jamais se soumettre à une chose aussi odieuse, nous avons, d'autre part, les meilleures raisons pour supposer qu'elle se trompait. A tout cela nous pouvons ajouter que M. Pickwick fut le premier qui embrassa la mariée, et qu'en même temps il lui jeta autour du cou une riche chaîne d'or, avec une montre du même métal, qui n'avaient été vues auparavant par les yeux d'aucun mortel, excepté ceux du joaillier. Enfin les cloches de la vieille église sonnèrent aussi gaiement qu'elles le purent, et tout le monde s'en retourna déjeuner.

«Où les petits pâtés de Noël se placent-ils, jeune mangeur d'opium? demanda Sam au gros joufflu, en aidant cet intéressant fonctionnaire à mettre sur la table les articles de consommation qui n'avaient point été arrangés le soir précédent.

Joe indiqua la destination des pâtés.

«Très-bien! dit Sam: Mettez un rameau de Noël dedans. L'autre plat à l'opposite. Maintenant nous avons l'air compact et confortable, comme observait le papa en coupant la tête de son moutard pour l'empêcher de loucher.»

En faisant cette citation savante, Sam recula d'un pas ou deux pour examiner les préparatifs du festin. Il était encore plongé dans cette délicieuse contemplation, lorsque la société arriva et se mit à table.

«Wardle, dit M. Pickwick, presque aussitôt qu'on fût assis; un verre de vin en honneur de cette heureuse circonstance.

—J'en serai charmé, mon vieux camarade, répliqua M. Wardle. Joe.... damné garçon! il est allé dormir.

—Non, monsieur, je ne dors pas, répondit le gros joufflu en sortant d'un coin de la chambre, où, comme l'immortel Jack Horner, patron des gros garçons, il s'occupait à dévorer un pâté de Noël, sans toutefois s'acquitter de cette besogne avec le sang-froid qui caractérisait les opérations gastronomiques de l'illustre héros de la ballade enfantine.