—Qu'est-ce que vous avez dans cette bouteille? demanda le goblin.
—Du genièvre, monsieur, répliqua le sacristain en tremblant plus fort que jamais, car il l'avait acheté des contrebandiers, et il pensait que le personnage qui l'interrogeait était peut-être dans la douane des goblins.
—Qui donc boit tout seul du genièvre au milieu d'un cimetière et dans une nuit comme celle-ci? reprit le lutin solennellement.
—Gabriel Grub! Gabriel Grub!» crièrent de nouveau les voix sauvages.
Le goblin ricana malicieusement en lorgnant le sacristain épouvanté; puis, enflant sa voix comme un ouragan, il s'écria: «Qui devient ainsi notre proie légitime?»
Le chœur invisible répondit encore à cette demande, et le sacristain crut entendre une multitude d'enfants de chœur mêler leurs chants aux accords majestueux des orgues de la vieille abbaye. C'était une musique surnaturelle qui semblait portée par un doux zéphyr, et qui passait et mourait avec lui; mais le refrain de cet air mystérieux était toujours le même, et répétait encore: «Gabriel Grub! Gabriel Grub!»
Le goblin fendit sa bouche jusqu'à ses oreilles en disant: «Que pensez-vous de ceci, Gabriel?»
Gabriel ne répondit que par un soupir.
«Que pensez-vous de ceci, Gabriel?» répéta le goblin en dressant négligemment ses pieds en l'air, de chaque côté de la tombe, et en examinant la pointe relevée de sa chaussure avec autant de complaisance que si ç'avait été la paire de bottes la plus fashionable de Bond-Street.
«C'est.... c'est.... très-curieux, monsieur, répondit le sacristain, à moitié mort de peur. Très-curieux et très-joli...; mais je pense qu'il faut que j'aille finir mon ouvrage, s'il vous plaît.