«Ah! pauvre créature! s'écria Mme Rogers; je conçois ce qu'elle éprouve, hélas! je le sais trop bien.

—Ah! pauvre créature! Et moi aussi je le sais, répéta Mme Sanders, et alors toutes les dames commencèrent à gémir à l'unisson, en disant qu'elles aussi savaient ce qu'il en était, et la plaignaient de tout leur cœur. La petite servante elle-même, haute de trois pieds, et âgée de treize ans, manifestait sa profonde sympathie.

—Mais qu'est-ce qui est arrivé? demanda Mme Bardell.

—Oui, ajouta Mme Rogers, qu'est-ce qui vous a mis dans cet état, madame?

—J'ai été contrariée, répondit Mme Raddle d'un ton de reproche. Toutes les dames jetèrent aussitôt à M. Raddle des regards pleins d'indignation.

—Le fait est, dit ce malheureux gentleman, en s'avançant, le fait est que, quand nous sommes descendus à la porte, nous avons eu une dispute avec le conducteur du cabriolet.» Un cri aigu de sa femme, à la mention de ce nom, rendit toute autre explication impossible.

«Raddle, dit Mme Cluppins, vous feriez bien de nous laisser seules avec elle, pour la faire revenir. Elle ne se remettra jamais tant que vous serez là.»

Toutes les dames étant de la même opinion, M. Raddle fut poussé hors de la chambre, et engagé à prendre l'air dans la cour. Il s'y promenait depuis environ un quart d'heure, lorsque Mme Bardell vint lui annoncer, avec un visage solennel, qu'il pouvait rentrer maintenant; mais qu'il devait faire bien attention à la manière dont il se conduirait avec sa femme. Mme Bardell savait bien qu'il n'avait pas de mauvaises intentions, mais Mary-Ann n'était pas forte, et s'il n'y prenait pas garde, il pourrait la perdre au moment où il s'y attendrait le moins; ce qui serait pour lui un terrible sujet de remords, dans la suite.

M. Raddle entendit tout cela et bien d'autres choses encore, avec grande soumission, et entra enfin dans le parloir, doux comme un agneau.

«Mon Dieu, madame Rogers, dit Mme Bardell, personne ne vous a été présenté!—M. Raddle, madame; Mme Cluppins, madame; Mme Raddle, madame....