«Ah ça! continua Mme Cluppins; c'est une vraie noce.

—Qu'est-ce que vous diriez donc, si vous saviez ce qu'il y a dans le buffet? ajouta Master Bardell.

—Qu'est-ce qu'il y a donc, Tommy? reprit Mme Cluppins d'un air séduisant. Je suis sûre que vous allez me le dire.

—Non, je ne veux pas; rétorqua l'intéressant héritier, en secouant sa tête un nombre indéterminé de fois, et en recommençant à sauter sur l'escalier.

—Quel petit mâtin embêtant murmura Mme Cluppins. Allons, Tommy, contez la chose à votre chère Cluppy.

—Maman ne veut pas. Si je ne dis rien, j'en aurai, moi, j'en aurai, moi!» Réjoui par cette agréable perspective, le jeune prodige s'appliqua avec une nouvelle vigueur à son manège enfantin.

Cette espèce d'interrogatoire avait lieu tandis que M. Raddle, Mme Raddle et le cocher se disputaient sur le prix de la course. L'altercation s'étant terminée à l'avantage de l'automédon, Mme Raddle entra dans la maison, affreusement agitée.

«Ciel qu'avez-vous donc, Mary-Ann? demanda Mme Cluppins.

—Ah! Betsy! j'en suis encore toute tremblante! Raddle n'est pas un homme; il me laisse tout sur le dos.»

Cette attaque contre la virilité de pauvre Raddle, était à peine loyale: car, dès le commencement de la dispute, il avait été mis de coté par son aimable épouse, et avait reçu l'ordre péremptoire de tenir son bec. Quoi qu'il en soit, il n'eut pas le loisir de se défendre, car il devenait évident que Mme Raddle allait s'évanouir. Dès qu'on s'en aperçut, de la fenêtre du parloir, Mme Bardell, mistress Sanders, la locataire et la servante de la locataire, sortirent précipitamment, et portèrent l'intéressante lady dans l'appartement, parlant toutes à la fois, et l'accablant d'expressions de condoléances et de pitié, comme si elle était la personne la plus malheureuse de la terre. Elle fut déposée sur un sofa du parloir, et la dame du premier étage ayant couru chercher un flacon de sel volatil, prit Mme Raddle par le cou, et le lui appliqua sous le nez, avec toute la sollicitude compatissante du beau sexe. Après de nombreux plongeons, après s'être bien débattue, la dame évanouie fut enfin obligée de déclarer qu'elle se trouvait mieux.