—Non, cela ne se peut pas: votre témoignage sera très-important, et je vous emmènerai avec moi dans la maison. Vous ne bougerez pas de mon côté pendant toute l'entrevue, entendez-vous?

—J'entends.

—Eh bien! qu'est-ce qui vous arrête?

—Rien.»

En proférant ce monosyllabe, l'homme rechigné descendit posément de la roue, où il se balançait sur le gros orteil de son pied droit, appela le garçon en livrée grise, ouvrit la portière, abaissa le marchepied, et, étendant sa main enveloppée d'un gant de daim de couleur sombre, aveignit la vieille dame, d'un air aussi peu attentif que s'il s'était agi d'un paquet de linge.

«Hélas! s'écria-t-elle; maintenant que me voilà ici, je suis si agitée, que j'en suis toute tremblante.»

M. Martin toussa derrière son gant de daim, mais ne donna pas d'autres signes de sympathie. En conséquence, la vieille dame se calma, et, suivie de son domestique, monta les marches de M. Bob Sawyer. Aussitôt qu'elle fut entrée dans l'officine, MM. Ben Allen et Bob Sawyer, qui s'étaient empressés de faire disparaître les liqueurs et de répandre des drogues nauséabondes, pour dissimuler l'odeur du tabac, sortirent au-devant d'elle, avec des transports de plaisir et d'affection.

«Ma chère tante, s'écria Benjamin; que vous êtes bonne d'être venue nous voir! Monsieur Sawyer, ma tante.... Mon ami, monsieur Bob Sawyer, dont je vous ai parlé.... ici, M. Ben Allen, qui n'était pas tout à fait à jeun, ajouta le mot Arabelle, d'un ton de voix qu'il croyait être un murmure, mais qui, en réalité, était si distinct et si élevé que personne n'aurait pu s'empêcher de l'entendre, même en y mettant toute la bonne volonté du monde.

—Mon cher Benjamin, dit la vieille dame qui s'efforçait de reprendre haleine, et qui tremblait de la tête aux pieds, ne vous alarmez pas, mon cher enfant.... Mais je crois que je ferai mieux de parler à monsieur Sawyer en particulier, pour un instant, pour un seul instant.

—Bob, dit M. Allen, voulez-vous emmener ma tante dans le laboratoire?