—Je vous en devrai cinq aussi, ajouta Arabelle, parce que nous sommes de vieilles connaissances, vous savez,» et elle accorda un second sourire, encore plus enchanteur, au corpulent intrus.

Les perceptions du gros bouffi étant peu rapides, il parut d'abord singulièrement intrigué par cette soudaine révolution qui s'opérait en sa faveur, et regarda même autour de lui, d'un air très-alarmé. À la fin, cependant, son large visage commença à montrer quelques symptômes d'un sourire proportionnellement large, puis, fourrant une demi-couronne dans chacun de ses goussets, et, ses mains et ses poignets par-dessus, il laissa échapper un éclat de rire enroué. C'est la première et ce fut la seule fois de sa vie qu'on l'entendit rire.

«Je vois qu'il nous comprend, dit Arabelle.

—Il faudrait lui faire manger quelque chose sur-le-champ,» fit observer Émily.

Il s'en fallut de peu que le gros bouffi ne rit encore en entendant cette proposition. Après quelques autres chuchotements, Mary sortit lestement du groupe et dit:

«Je vais dîner avec vous aujourd'hui, monsieur, si vous voulez bien?

—Par ici, répondit le jeune garçon avec empressement. Il y a un fameux pâté de viande en bas!»

À ces mots, le gros joufflu descendit l'escalier pour conduire Mary à l'office, et le long du chemin sa jolie compagne captivait l'attention de tous les garçons, et mettait de mauvaise humeur toutes les femmes de chambre.

Le pâté, dont le gros joufflu avait parlé avec tant de tendresse, se trouvait effectivement, encore dans l'office; on y ajouta un bifteck, un plat de pommes de terre, et un pot de porter.

«Asseyez-vous, dit Joe. Quelle chance! Le bon dîner! Comme j'ai faim!»