—Attends une minute, Sammy, répliqua M. Weller en attachant son châle à l'aide d'une petite glace accrochée à la fenêtre; attends une minute, Sammy, poursuivit-il en s'efforçant d'entrer dans son habit au moyen des plus étonnantes contorsions; quand tu seras devenu aussi vieux que ton père, tu n'entreras pas dans ta veste aussi aisément qu'à présent, mon garçon.

—Si je ne pouvais pas y entrer plus aisément que cela, je veux être pendu si j'en mettais jamais une.

—Tu penses comme ça, maintenant, répliqua M. Weller avec la gravité de l'âge; mais tu t'apercevras que tu deviendras plus sage quand tu deviendras plus gros. La grosseur et la sagesse vont toujours ensemble, Sammy.»

Ayant débité cette infaillible maxime, résultat de beaucoup d'années et d'observations personnelles, M. Weller parvint, par une habile inflexion de son corps, à boutonner le premier bouton de sa lourde redingote. Ensuite, s'étant reposé quelques secondes pour reprendre haleine, il brossa son chapeau avec son coude, et déclara qu'il était prêt.

«Comme quatre têtes valent mieux que deux, Sammy, dit M. Weller en conduisant sa carriole sur la route de Londres, et comme cette propriété ici est une tentation pour un gentleman de la justice, nous prendrons deux de mes amis avec nous qui seront bientôt sur ses talons, s'il veut faire qué'que chose d'inconvenant: deux de ceux que tu as vus à la prison l'autre jour. C'est les meilleurs connaisseurs en chevaux que tu aies jamais rencontrés.

—Et en hommes d'affaires aussi?

—L'homme qui sait former un jugement judiciaire d'un cheval peut former un jugement judiciaire de n'importe quoi,» répondit M. Weller si dogmatiquement, que Sam n'osa point contester cet aphorisme.

En conséquence de cette notable résolution, M. Weller mit en réquisition les services du gentleman au teint marbré et ceux de deux autres très-gros cochers, choisis apparemment à cause de leur ampleur et de leur sagesse proportionnelle. Le quintette se rendit alors à la taverne du Portugal-Street, d'où un messager fut dépêché à la Cour des insolvables, pour requérir la présence immédiate de M. Salomon Pell.

Le messager le trouva dans la salle, occupé à prendre une petite collation froide, composée d'un biscuit et d'un cervelas. Les affaires étaient un peu languissantes en ce moment; aussi à peine le message lui eut-il été soufflé dans l'oreille qu'il fourra les restes de son déjeuner dans sa poche parmi plusieurs autres documents professionnels, et se dirigea vers ses clients avec tant de vivacité qu'il avait atteint le parloir de la taverne avant que le messager se fût dégagé de la salle d'audience.

«Gentlemen, dit M. Pell en touchant son chapeau, je vous offre mes services. Je ne dis pas cela pour vous flatter, gentlemen, mais il n'y a pas dans le monde cinq autres personnes pour qui je fusse sorti de la cour aujourd'hui.