Hugh, intimidé par le sens caché de ces paroles, fit le chien couchant, et gagna la porte en rampant, pour ainsi dire, d'une manière si soumise et si subalterne, d'une façon, en un mot, si différente des airs de bravache qu'il avait en entrant, que son patron resté seul sourit plus que jamais.

«Et cependant, dit-il en prenant une prise de tabac, je n'aime pas qu'on ait pendu sa mère. Ce garçon a un bel oeil; je suis sûr qu'elle était belle. Mais très probablement c'était une grossière créature; elle avait peut-être un nez rouge et de gros vilains pieds. Baste! Tout a été pour le mieux, sans aucun doute.»

Après cette réflexion consolante, il mit son habit, adressa un regard d'adieu au miroir et sonna son domestique. Celui-ci parût promptement, suivi d'une chaise et de ses porteurs.

«Pouah! dit M. Chester, l'atmosphère que ce centaure m'a apportée est empestée: cela pue l'échelle et la charrette. Ici, Peak. Apportez quelque eau de senteur et arrosez le parquet; prenez la chaise sur laquelle il s'est assis, et exposez-la à l'air: jetez un peu de cette essence sur moi. Je suis suffoqué!»

Le domestique obéit; puis la chambre et le maître étant tous deux purifiés, M. Chester n'eut plus qu'à demander son claque, à le placer gracieusement plié sous son bras, à s'asseoir dans la chaise, et à se laisser emporter dehors en fredonnant un air à la mode.

CHAPITRE XXIV.

Comment ce gentleman distingué passa la soirée au milieu d'un cercle brillant, éblouissant; comment il enchanta tous ceux dont il s'approcha, par la grâce de son maintien, la politesse de ses manières, la vivacité de sa conversation et la douceur de sa voix; comment on remarqua dans chaque coin du salon que Chester était un homme d'une heureuse humeur, que rien ne le troublait, que les soucis et les erreurs du monde ne lui pesaient pas plus que son habit, et que sa figure souriante reflétait constamment un esprit calme et tranquille; comment d'honnêtes gens, qui par instinct le connaissaient mieux, s'inclinèrent néanmoins devant lui, pleins de déférence pour chacune de ses paroles, et courtisant la faveur d'un de ses regards; comment des gens qui avaient réellement du bon se laissèrent aller au courant, le flattèrent, l'adulèrent, l'approuvèrent, et se méprisèrent eux-mêmes de tant de bassesse; comment, en un mot, il fut un de ceux qui sont reçus et choyés dans la société par nombre de personnes qui, individuellement, se fussent éloignées avec dégoût de celui qui faisait en ce moment l'objet de leur attention avide: voilà des choses si naturelles, qu'elles se présenteront d'elles-mêmes à nos lecteurs. De pareilles platitudes sont si communes qu'elles ne valent à peine qu'un coup d'oeil rapide, et c'est tout.

Les gens qui méprisent l'humanité (je ne parle pas des imbéciles et des comédiens, qui se font de cela une religion) sont de deux sortes: ceux qui croient leur mérite négligé et incompris forment la première classe; ceux qui recueillent la flatterie et l'adulation, sachant bien leur propre indignité, composent l'autre. Soyez sûr que les misanthropes, qui ont le coeur le plus froid, sont toujours de la dernière.

M. Chester était dans son lit, sur son séant, le lendemain matin, et buvant à petits traits son café; il se rappelait, avec une espèce de satisfaction méprisante, comment il avait brillé la veille au soir, comment il avait été caressé et courtisé, lorsque son domestique lui apporta un très petit morceau de papier sale, étroitement cacheté à deux places, et à l'intérieur duquel étaient écrits en assez gros caractères les mots suivants: «Un ami. On désire une conférence. Immédiatement. En particulier. Brûlez cela après l'avoir lu.»

«Où donc, au nom de la conspiration des poudres[23], avez-vous ramassé cela?» dit son maître.