— Je n'ai pas d'autre nom.

— Un bien étrange garçon! Voulez-vous dire par là que vous ne vous en êtes jamais connu d'autre, ou que vous aimez mieux l'oublier? Lequel des deux?

— Je vous dirais mon autre nom si je le savais, reprit Hugh avec vivacité, mais je ne m'en connais pas d'autre: on m'a toujours appelé Hugh, rien de plus. Je ne me suis jamais ni vu ni connu de père, je n'y ai seulement pas songé. J'étais un petit garçon de six ans, ce n'est pas bien vieux, lorsqu'on pendit ma mère à Tyburn pour procurer à deux mille hommes le plaisir de la voir à la potence. On aurait pu la laisser vivre: elle était assez malheureuse.

— C'est triste, bien triste! dit son patron, avec un sourire plein de condescendance. Je ne doute pas qu'elle ne fût extrêmement belle.

— Voyez-vous mon chien? dit Hugh d'un ton brusque.

— Fidèle, je parie, répliqua son patron, lorgnant le chien, et plein d'intelligence? Les animaux vertueux et bien doués, hommes et bêtes, sont toujours très hideux.

— Ce chien que vous voyez, et un de la même portée, furent la seule chose vivante, excepté moi, qui poussa des cris plaintifs ce jour-là, dit Hugh. De deux mille hommes, et davantage (la foule était plus nombreuse, parce que c'était une femme), le chien et moi nous fûmes les seuls à ressentir quelque pitié. Si ç'avait été un homme, il aurait été bien aise d'être débarrassé d'elle, car elle avait été contrainte par la misère de le laisser maigrir et presque mourir de faim; mais comme ce n'était qu'un chien, et qu'il n'avait pas naturellement les sentiments d'un homme, il en eut du chagrin.

— C'était pure stupidité de bête brute, certainement, dit
M. Chester, et bien digne d'une bête brute comme lui.»

Hugh ne répliqua pas; mais sifflant son chien, qui bondit au sifflement et vint sauter et gambader autour de lui, il souhaita le bonsoir à son ami, le gentleman sympathique.

«Bonsoir, répondit M. Chester. N'oubliez pas que vous êtes en sûreté avec moi, tout à fait en sûreté. Aussi longtemps que vous le mériterez, mon bon garçon, et vous le mériterez toujours, j'espère, vous aurez en moi un ami sur le silence duquel vous pouvez compter. Maintenant faites attention à vous, et songez à quoi vous vous exposez. Bonsoir! Dieu vous assiste!»