«Vous promenez-vous, frère? dit Dennis.

— Oui! répliqua Hugh, où vous voudrez.

— Voilà ce qui s'appelle un bon camarade, dit son nouvel ami. Quel chemin allons-nous prendre? Voulez-vous que nous allions jeter un coup d'oeil aux portes où nous devons faire un joli tapage, avant qu'il soit longtemps? Qu'en dites-vous, frère?»

Hugh ayant accepté cette offre, ils s'en allèrent tout doucement à Westminster, où les deux chambres du parlement étaient alors en séance. Se mêlant à la foule des carrosses, des chevaux, des domestiques, des porteurs de chaises, des porte-falots, des commissionnaires et des oisifs de tout genre, ils flânèrent aux alentours. Le nouvel ami de Hugh lui montra du doigt, d'une manière significative, les parties faibles de l'édifice; lui expliqua combien il était aisé de pénétrer dans le couloir, et par là à la porte même de la chambre des Communes; il lui fit voir enfin que, lorsqu'ils marcheraient en masse, leurs rugissements et leurs acclamations seraient facilement entendus à l'intérieur par les membres du parlement. Il ajouta beaucoup d'autres observations analogues, toutes reçues par Hugh avec un plaisir manifeste.

Dennis lui nomma aussi quelques-uns des lords et des membres de la Chambre des communes, à mesure qu'ils entraient ou sortaient; il lui dit s'ils étaient amis ou ennemis des papistes, et il l'engagea à remarquer leurs livrées et leurs équipages, pour ne pas s'y tromper, en cas de besoin. Quelquefois il l'entraîna tout près de la portière d'un carrosse qui passait, afin que l'autre pût voir la figure du maître à la lueur des réverbères. Bref, sous le double rapport des personnes et des localités, il prouva une telle connaissance de tout ce qui l'entourait, qu'il fut évident pour Hugh que Dennis avait fait souvent de cet endroit l'objet de ses études antérieures, comme effectivement, lorsque leurs relations devinrent un peu plus confidentielles, ce dernier ne fit pas difficulté d'en convenir.

Mais ce qu'il y avait dans tout cela de plus frappant, c'était le nombre de gens, jamais en groupes de plus de deux ou trois ensemble, qui semblaient se tenir cachés dans la foule pour le même motif. À la majeure partie de ces gens un léger signe de tête ou un simple regard du compagnon de Hugh était un salut suffisant; mais, de temps en temps, un homme venait et s'arrêtait auprès de Dennis dans la foule, et, sans tourner la tête ni paraître communiquer avec lui, lui disait un mot ou deux à voix basse. Puis ils se séparaient comme des étrangers. Quelques-uns de ces hommes reparaissaient souvent d'une façon inattendue dans la foule tout près de Hugh, et, en passant, lui serraient la main, ou le regardaient d'un air farouche en plein visage, mais jamais ils ne lui parlaient, ni lui à eux; non, pas un mot.

Une chose remarquable encore, c'est que, quand il leur arrivait de se trouver là où il y avait presse, et que Hugh baissait par hasard les yeux, il était sûr de voir un bras allongé, sous le sien peut-être, ou peut-être par devant lui, pour jeter quelque papier dans la main ou la poche d'un spectateur, puis se retirer si soudainement qu'il était impossible de dire à qui il appartenait; Hugh ne pouvait pas non plus, en lançant un rapide coup d'oeil à la ronde, découvrir sur n'importe quelle figure la moindre confusion, ni la moindre surprise. Souvent ils marchaient sur un papier semblable à celui qu'il portait dans son sein; mais son compagnon lui disait à l'oreille de n'y pas toucher, de ne pas le relever, de ne pas même le regarder; ils le laissaient donc sur le pavé et passaient leur chemin.

Lorsqu'ils eurent ainsi rôdé dans la rue et dans toutes les avenues de l'édifice durant près de deux heures, ils s'éloignèrent, et son ami lui demanda ce qu'il pensait de ce qu'il venait de voir, et s'il était prêt à quelque échauffourée, dans le cas où l'on en viendrait là.

«Plus elle sera chaude, mieux ça vaudra, dit Hugh; je suis prêt à n'importe quoi.

— Je le suis également, dit son ami, et nous ne sommes pas les seuls.»