Alors ils se donnèrent une poignée de mains avec un grand juron et nombre d'imprécations les plus terribles contre les papistes.
Comme ils se sentaient altérés, Dennis proposa de se rendre ensemble à la Botte, où il y avait bonne compagnie et liqueurs fortes. Hugh ne s'étant pas fait prier, ils dirigèrent leurs pas de ce côté sans perdre de temps.
Cette Botte était un établissement public situé à l'écart dans les champs, derrière l'hôpital des Enfants trouvés, lieu très solitaire à cette époque, et tout à fait désert après la brune. La taverne était à quelque distance de toute grande route; on n'en approchait que par une ruelle étroite et sombre: aussi Hugh fut-il très surpris de trouver là beaucoup de gens qui buvaient et faisaient bombance. Il fut encore plus surpris de retrouver parmi ces gens-là toutes les figures qui avaient attiré son attention dans la foule; mais son compagnon l'ayant prévenu tout bas avant d'entrer qu'il serait de mauvais genre à la Botte de faire attention à la société, il garda ses réflexions pour lui et n'eut pas l'air de connaître âme qui vive.
Avant de porter à ses lèvres la liqueur qu'on leur avait servie, Dennis porta à haute voix la santé de lord Georges Gordon, président de la grande Association protestante; Hugh fit raison à ce toast avec le même enthousiasme. Un joueur de violon qui se trouvait là, et qui avait l'air de remplir les fonctions de ménestrel officiel de la compagnie, racla immédiatement un branle d'Écosse, et il y mit tant d'entrain que Hugh et son ami, qui avaient commencé par boire, se levèrent de leurs sièges comme d'un commun accord, et, à la grande admiration des hôtes réunis, exécutèrent une improvisation chorégraphique, la danse de Pas de papisme.
CHAPITRE XXXIX.
Les applaudissements que la danse exécutée par Hugh et son nouvel ami arracha aux spectateurs de la Botte n'avaient pas encore cessé, et les deux danseurs étaient encore tout haletants de leurs gambades, qui avaient été d'un caractère des plus violents, quand la compagnie reçut du renfort. Les nouveaux venus, composés d'un détachement des Bouledogues Unis, furent reçus avec des marques très flatteuses de distinction et de respect.
Le chef de cette petite troupe (car ils n'étaient que trois en le comptant) était notre ancienne connaissance, M. Tappertit, qui semblait, physiquement parlant, être devenu plus petit avec les années, particulièrement des jambes: jamais vous n'en avez vu de plus fluettes; mais par exemple, au point de vue moral, en dignité personnelle, en estime de soi-même, il avait acquis des proportions gigantesques. Il ne fallait pas avoir l'esprit bien observateur pour découvrir ces sentiments chez l'ex-apprenti: car non seulement il les proclamait, de manière à faire impression et à éviter toute méprise, par sa majestueuse démarche et son oeil flamboyant, mais en outre il avait trouvé un moyen frappant de révélation dans son nez retroussé, qui semblait affecter pour toutes les choses de la terre le plus profond dédain, et ne voulait entrer en communion qu'avec le ciel, sa patrie.
M. Tappertit, comme chef ou capitaine des Bouledogues, était accompagné de ses deux lieutenants: l'un, le long camarade de sa vie juvénile; l'autre, un chevalier apprenti au temps jadis, Marc Gilbert, engagé anciennement chez Thomas Curzon de la Toison d'or. Ces gentlemen, comme lui-même, étaient maintenant émancipés de leur esclavage d'apprenti, et servaient en qualité d'ouvriers; mais c'étaient, dans leur humble émulation de son grand exemple, des esprits hardis, audacieux, et ils aspiraient à un rôle distingué dans les grands événements politiques. De là leur alliance avec l'Association protestante d'Angleterre, sanctionnée par le nom de lord Georges Gordon; de là aussi leur visite actuelle à la Botte.
«Gentlemen! dit M. Tappertit, en ôtant son chapeau comme fait un grand général qui s'adresse à ses troupes. Bonne rencontre! Milord me fait ainsi qu'à vous l'honneur de nous envoyer ses compliments personnels.
— Vous avez vu milord aussi, n'est-ce pas? dit Dennis; moi, je l'ai vu dans l'après-midi.